Une sépulture d’enfant de l’âge du Bronze sur Kemenez : premiers éléments (Finistère)

Par Henri Gandois

Les tempêtes de l’hiver 2014 ont mis au jour de nombreux sites sur les côtes atlantiques avec une concentration particulière sur îles de la mer d’Iroise. Si plusieurs de ces sites ont disparu corps et biens sans autre intervention qu’une maigre documentation photographique, d’autres fort heureusement ont pu être fouillés au moins partiellement (Gandois et Quesnel, 2014 ; Gandois et al., 2015a et b). L’un de ceux-ci, situé sur l’estran sud de l’île de Kemenez était constitué d’un amas coquillier renfermant des restes humains en connexion partielle, un aménagement périphérique de petits trous de piquets a également pu être mis en évidence, malheureusement, la mer ayant détruit une partie importante du site, aucune vision d’ensemble n’était disponible (Gandois et al., 2015b).

La fouille de 2015 s’est attachée à documenter et prélever les restes humains qui apparaissaient en coupe avant qu’un nouveau coup de mer ne les fasse définitivement disparaître. Deux individus ont été identifiés, l’un d’eux n’étant représenté que par son atlas, le reste des ossements ayant été très probablement avalé par la mer, le deuxième lui étant en connexion partielle et son dépôt correspond a priori à une inhumation primaire (Chambon in Gandois et al., 2015b). Trois datations ont alors été réalisées, deux sur les restes de chaque individu et la dernière sur une graine, toutes renvoient à la fin du Bronze ancien et au Bronze moyen. Pour des raisons de temps la fouille 2015 n’a pas pu terminer la fouille intégrale de l’amas coquillier, la priorité ayant été donnée aux restes humains, il restait donc deux poches de coquillages en coupe dans les bermes nord et ouest. Une nouvelle intervention a donc été menée en novembre 2016 afin de terminer la fouille de l’amas. Or si les limites de l’amas ont vite été atteintes, en élargissant l’emprise du chantier l’équipe (*) a eu la surprise de mettre au jour une sépulture d’enfant juste en limite de l’amas (qui recouvrait partiellement les jambes du défunt).

En haut à gauche : première vue vers l’est de la structure. En haut à droite : vue vers l’est après un premier démontage, noter le squelette au centre. En bas à gauche : vue de détail du corps. En bas à droite : vue vers l’est de la structure après démontage, remarquer sur le pourtour de la fosse les pierres de chant formant des dispositifs de calage pour des piquets.

Le corps est en connexion et en excellent état de conservation, chose particulièrement rare pour la Bretagne où l’acidité des sols détruit rapidement les restes osseux. Néanmoins ce n’est pas non plus exceptionnel notamment pour l’âge du Bronze (Tonnerre, 2015). La proximité avec l’amas coquillier dont le calcaire des coquilles contribue à remonter le pH du sol explique la préservation des ossements. L’enfant était placé dans une petite fosse circulaire d’environ un mètre de diamètre. Fléchi sur le côté gauche, il était disposé la tête à l’ouest, regardant vers le sud et les pieds à l’est. Aucun mobilier funéraire n’était associé, mais un ensemble de trous de piquets avec des pierres de calage était visible sur le pourtour de la fosse délimitant ainsi la sépulture.

Le corps a pu être daté par le radiocarbone, il remonte à la fin du Bronze ancien (1700/1610 Cal BC), néanmoins s’agissant d’un enfant insulaire peut-être non encore sevré, son régime alimentaire, via le lait de sa mère ou non, devait comporter une très forte proportion de ressources marines d’où un probable « effet réservoir » au niveau de la datation. Le d13C particulièrement élevé semble confirmer cette hypothèse.

Pour des raisons de temps et d’accessibilité à l’île la zone au nord-ouest de la fosse n’a pas pu être fouillée, mais la présence d’une grande dalle de chant laisse supposer qu’il puisse y avoir une autre sépulture adjacente, cependant l’éloignement avec l’amas coquillier se faisant plus grand, les chances de mettre au jour des restes osseux sont plus minces.

Les analyses sur le squelette ont à peine débuté, mais nous espérons qu’elles puissent être les plus complètes possible (ADN, strontium, parasitologie, etc.) car l’opportunité d’étudier un squelette de l’âge du Bronze très bien conservé en Bretagne n’est que trop rare. D’autres informations à suivre bientôt…

(*) Un grand merci à Marie Balasse, Cindy Odet-Kerhir et Yvon Dréano pour leur participation enthousiaste à l’opération


Bibliographie :

GANDOIS H. (dir.) et la collaboration de QUESNEL L. 2014. Rapport d’opération (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez et Trielen (Le Conquet, Finistère), opération n°OA-2435, DRASSM, 21 p.

GANDOIS H. (dir.), avec les contributions de BERRIO L., BLAISE E., DRÉANO Y., FONTANA L., IHUEL E., SALANOVA L., STÉPHAN P., et la collaboration de BEDAULT L., CHAMBON P., CUISNIER D., HACHEM L., LEDUC C., PILIOUGINE C., RAFFIN A. 2015a. Rapport d’opérations (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez, Béniguet et Trielen (Le Conquet, Finistère), opération n°OA-2463, DRASSM, 147 p.

GANDOIS H. (dir.), avec les contributions de CHAMBON P., DRÉANO Y., FAVREL Q., IHUEL E., MAIGROT Y., PETER P. et la collaboration de BEDAULT L., HACHEM L., LEDUC C. 2015b. Rapport préliminaire d’opération (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur l’île de Kemenez et l’îlot du Ledenez Vraz Kemenez (Le Conquet, Finistère), opération n°OA-2643, DRASSM, 71 p.

TONNERRE L. 2015. Étude archéo-anthropologique des squelettes de l’âge du Bronze en Bretagne, Mémoire de Master 2, (dir. C. Marcigny), Université de Rennes 2, 2 vol., 186 p. et 579 p.

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Archaeological sites and coastal erosion along the English Channel and Atlantic shores

A participative approach for the protection of cultural heritage

Climates changes effects are very various in coastal areas. The coastal erosion, with anthropic pressure, affects not only the natural systems but also the cultural, historical and archaeological heritage, along the English Channel and Atlantic shores. The loss of heritage and scientific data had to be urgently taken into account.

In France, the gravity and urgency of this situation increased due to administrative hiatus. The erosion being considered as a natural phenomenon, so the “destroyer-payer” rules of rescue archaeology may not be applied, and then, no legal and financial means could provide an emergency response in this context.

Porz Hir. Cliché : Marie-Yvane Daire
Plougrescant, Porz Hir (Cl. M.-Y. Daire)

For these reasons, since 2006, the ALeRT project (Archaeology, Coasts and Climate Changes – Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre) has been created in the CReAAH framework (Research Center in Archaeology, Archaeosciences and History – Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences et Histoire) by an interdisciplinary group of researchers (archaeologist, geomorphologist, geographer) to address this problem.

This interdisciplinary approach has brought, first, tools for observation and evaluation of the archaeological sites vulnerability (VEF: Vulnerability Evaluation Form; which is the scientific core of the ALeRT project), then sites monitoring and heritage management approaches. It allows setting up watchfulness maps, strategical approach and adapted actions on various scales (from local to regional).

A participative approach has developed, allowing researchers but also volunteers, to work in connection with archaeologists, thanks to a range of different devices, interactive and connected to a central online database: a web application has been created; thereby the field observers can document the archaeological sites under threat. More recently, a mobile app ‘ALeRT Mobile’ has created, web application accessible from tablets and smartphones. The app allows the user to type and transmit all the relevant information for each site to a secure server.

The VEF grid has been put to the test in the West of France (Brittany, Pays-de-la-Loire) and also in Galicia (Spain), in the framework of a partnership between CSIC (Superior council for scientific research – Consejo Superior de Investigaciones Científicas) and National Park of Galicia’s Islands. ALeRT project has currently several collaborations, with for example the eSCOPES project (Evolving spaces: coastal landscapes of the Neolithic in the European Land’s Ends; Durham University, United Kingdom).

ALeRT project have benefited of support from: Fondation Langlois, AMARAI (Archaeological association in the English Channel and Atlantic Islands – Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Îles), Bregantia project, CNRS (National Center for Scientific Research – Centre National de la Recherche Scientifique) and of Culture and Communication Ministry. As part of ARVOR project (support of Brittany area), numerous developments have realised.

Since 2016, the project was developed with support from Fondation de France.

Scheme of the ALeRT integrated, interdisciplinary and citizen action
Distribution of ALeRT sites (C. Martin ; basemap : Geobretagne)

 


The leaflet introducing the project.


The presentation of the project.

Le projet ALeRT

Le contexte

Les changements climatiques touchent les zones côtières avec des effets diversifiés ; ainsi l’érosion littorale, combinée à certaines pressions anthropiques, affecte non seulement les systèmes naturels mais aussi l’ensemble du patrimoine culturel, historique et archéologique des côtes de la Manche et de l’Atlantique. Cette perte de patrimoine et de données scientifiques demandait à être prise en compte d’urgence.

Archipel de Molène, site le 19 mars 2015

La gravité et l’urgence de cette situation en France se doublent de certaines lacunes administratives. En effet l’érosion étant considérée comme un phénomène naturel échappant ainsi à la règle « destructeur-payeur », personne n’en porte la responsabilité et il n’y a pas ici de responsabilité légale, donc généralement pas de moyens juridiques, ni financiers pour des interventions d’urgence dans ce contexte.

Archipel de Molène, site le 22 mars 2015

Une démarche participative est engagée, permettant aux chercheurs mais aussi aux bénévoles de travailler en lien avec les archéologues. Afin de permettre aux observateurs de terrain de renseigner les informations concernant les sites menacés, une version web dédiée a été développée, sous la forme d’une base de données interactive. Plus récemment, la démarche a été élargie par la création d’une version mobile pour Smartphone ‘ALeRT Mobile’ qui intègre, d’une façon claire et simple, la grille d’évaluation de la vulnérabilité et la base de données. Nous ne pouvons que souligner et rappeler ici l’importance de ces réseaux de bénévoles sillonnant le terrain et, en l’occurrence, les côtes, de manière régulière et notamment à la suite d’épisode de tempêtes.

Retrouvez ici une Vidéo explicative


Le projet

Le projet ALeRT (Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre) est développé depuis 2006 au sein du CReAAH (Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire) par un groupe de chercheurs (archéologues, géographes, géomorphologues) investis dans les recherches en archéologie littorale et sensibilisés à la fragilité du patrimoine littoral, côtier et insulaire.

Très rapidement, ce groupe a développé une approche interdisciplinaire visant à l’élaboration d’un « modèle de vulnérabilité » du patrimoine culturel côtier, à travers une évaluation normalisée des risques, l’élaboration de cartes de vigilance et la mise en place de stratégies de recherche et d’action adaptées aux différentes échelles (du local au régional).

Plougrescant, Porz Hir (Cl. M.Y. Daire)

Le premier résultat a été l’élaboration d’un outil dédié, permettant d’évaluer la vulnérabilité des sites, sous la forme d’une grille d’évaluation normalisée et suffisamment simple pour être utilisable par différents types d’opérateurs (VEF = Vulnerability Evaluation Form).

Cet outil a été testé et appliqué sur un certain nombre de sites de l’Ouest de la France (notamment dans le cadre d’un partenariat avec le Conservatoire du Littoral et les gardes du littoral) ainsi que dans d’autres pays européens, notamment en Espagne dans le cadre d’un partenariat entre le CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas Conseil supérieur de la Recherche scientifique) et le Parc national des îles de Galice. Des collaborations sont également en cours avec le projet eSCOPES: Evolving spaces: coastal landscapes of the Neolithic in the European Land’s Ends (Durham University, Royaume-Uni).

Le projet ALeRT a bénéficié jusqu’ici du soutien de la Fondation Langlois, de l’AMARAI (Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Îles), du projet Bregantia (2010FR0003, CSIC-CNRS bilateral cooperation projects), et est soutenu par le CNRS. Dans le cadre du projet ARVOR (financé par la Région Bretagne, SAD v.2 – Stratégie d’Attractivité Durable, contrat post-doctoral 2012-2014 Université de Rennes 1), de nombreux développements ont été réalisés.

Depuis 2016, ALeRT bénéficie du soutien de la Fondation de France, permettant la poursuite et la mise en place de nouveaux projets.

Pour en savoir plus, présentation du projet ALeRT à Rennes en 2012.

Schéma de l’implication d’ALeRT, de l’interdisciplinarité et de l’action citoyenne
Répartition des sites ALeRT (C. Martin ; fond de carte : Géobretagne)

 

La erosión arqueológica del litoral atlántico y canal de la Mancha

Un enfoque participativo para la protección del patrimonio

El cambio climático afecta a las zonas costeras con diversos efectos; el más evidente son las tormentas, que muestran la fragilidad y vulnerabilidad no solo de los sistemas naturales costeros, sino también del conjunto del patrimonio cultural, histórico y arqueológico de la costa atlántica. Esta pérdida de datos patrimoniales y científicos solicita ser considerado como una emergencia. Por esta razón, desde el año 2006, el proyecto ALeRT (Arqueología, Litoral y Calentamiento Terrestre – Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre) fue creado por un grupo de investigadores de la Unidad Mixta de Investigación 6566 CReAAH (Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences et Histoire), expertos en la investigación de la arqueología del litoral y conscientes de la fragilidad de este patrimonio.

Plougrescant, Porz Hir (Cl. M.Y. Daire)

Desde 2010, un enfoque participativo está activo, permitiendo a investigadores y voluntarios trabajar en colaboración con los arqueólogos. Para ello se ha desarrollado una aplicación web y una aplicación móvil, concebidas como una base de datos interactiva que permite a los observadores completar la información en los sitios amenazados: ubicación, descripción, evaluación de la vulnerabilidad, comentarios y fotos. La página web del proyecto ALeRT integra las diferentes herramientas Alert Web y Alert Mobile y permite a los usuarios registrarse en línea, ver los estudios de caso que ya se han hecho y estar al corriente de los estudios en curso y las actividades del proyecto.

Las herramientas han sido probadas en numerosos sitios del litoral atlántico de Francia, así como en Galicia, como parte de una colaboración entre el CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas) y el Parque Nacional de las Islas Atlánticas. Otras colaboraciones están actualmente en curso con el proyecto eSCOPES (Espacios en evolución: paisajes costeros del neolítico en el extremo de Europa – Evolving spaces: coastal landscapes of the Neolithic in the European Land’s Ends) de la Universidad de Durham (Inglaterra).

El proyecto ALeRT ha contado hasta ahora con el apoyo de la Fundación Langlois, la asociación AMARAI (Asociación Atlántica Mancha para la Investigación Arqueológica en las Islas – Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Îles), el proyecto Bregantia (2010FR0003, proyectos de cooperación bilateral CSIC-CNRS), la Región de Bretaña, el aval del CNRS (Centro Nacional de Investigación Científica – Centre National de la Recherche Scientifique) y el aval del Ministerio de cultura y de comunicación. Desde 2016, los trabajos se están llevando a cabo gracias al apoyo de la Fondation de France, dentro del programa Quel littoral pour demain?

Esquema de la implicación del proyecto, de la interdisciplinariedad y de la acción ciudadana
Distribución de los sitios amenazados del proyecto ALeRT (C. Martin ; fuente : Géobretagne)

 

Île d’Yeu : La Pointe du Châtelet (Vendée)

Par Annabelle Chauviteau

Présentation du site

Parmi les sites de l’Île d’Yeu ayant livré des témoins d’occupation protohistorique, le site de la Pointe du Châtelet, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques (MH) depuis 1986, présente les vestiges les plus remarquables et les plus spectaculaires.

Fig. 1 – Localisation générale

Localisé sur la côte méridionale de l’île (Fig. 1), le site, également associé au toponyme « La Redoute Romaine », est établi sur un promontoire rocheux naturellement protégé par des falaises d’une dizaine de mètres (Fig. 2). Il présente les vestiges d’un puissant rempart de plus de 3 m d’élévation dont l’empreinte sur le paysage est particulièrement marquante (Fig. 3, et voir infra Fig. 7 et 8). Construit en pierres et en terre – et probablement en bois – cet ouvrage défensif, partiellement fouillé, barre sur plus de 200 m de longueur la presqu’île du Châtelet, délimitant un espace de plus de 10 ha.

Fig. 2 – Vue aérienne de la Pointe de Châtelet (cl. J.-N. Guyodo)
Fig. 3 – Topographie du site (d’après le référentiel Litto3D)
Un site mal connu

La documentation archéologique disponible provient essentiellement de prospections de surface. Composée de plusieurs collections, surtout privées, elle n’a fait l’objet d’aucune synthèse. Les données archéologiques les plus consistantes, bien que lacunaires, concernent l’architecture du rempart et proviennent d’un sondage de 18 m² réalisé en 1985 par N. Rouzeau (Fig. 4 et 5).

Fig. 4 – Vue du sondage de 1985 (cl. N. Rouzeau)

Partiellement fouillé, sur environ un mètre de profondeur, l’ouvrage défensif est constitué d’un talus présentant plusieurs lignes de parement de pierres présentant des traces de calage de poteaux, ce qui laisse supposer différentes phases de construction et la présence d’une palissade. La fortification est complétée par deux fossés : le premier, large d’environ 2,50 m à l’ouverture et probablement profond, est immédiatement situé en contrebas du talus, le second, plus modeste (moins d’un mètre de largeur et de profondeur), est placé en avant du premier.

Fig. 5 – Coupe transversale du rempart (D.A.O. N. Rouzeau et A. Levillayer)

Le mobilier céramique collecté à l’occasion de ce sondage atteste une occupation du site au cours de la Tène D. Toutefois, étant donné le caractère partiel et incomplet du sondage, cet horizon chronologique, bien que plausible, n’est pas nécessairement représentatif de la période d’utilisation du rempart dont la chronologie est probablement plus large.

Au reste, le mobilier lithique et céramique provenant des nombreuses prospections de surface effectuées sur le site témoigne d’une occupation plus précoce du site, au Bronze ancien et/ou au Néolithique final. Les ramassages de surface ont  notamment livré des tessons à décor de cordon digité (Fig. 6), que l’on peut attribuer au Bronze ancien. Quant au corpus lithique, malheureusement en partie dispersé ou perdu, certaines pièces – armatures de flèche à pédoncule, à base convexe, à crans opposés – accréditent l’hypothèse d’une occupation du site dès le Néolithique final.

Fig. 6 – Céramique à décor de cordon digité (cl. A Chauviteau)
Un potentiel archéologique remarquable, mais menacé

Outre le rempart monumental, le site présente, en arrière d’une avancée rocheuse appelée « Le Petit Châtelet », un second talus de 21 m de longueur flanqué d’un fossé peu marqué d’environ 4 m de largeur et le long duquel s’organise un empierrement suggérant la présence d’une substruction.

Au centre de l’espace enclos, se situe une vaste dépression circulaire au centre de laquelle on perçoit un aménagement empierré (retenue d’eau ?). À l’ouest de la dépression, on peut aussi observer, sur une trentaine de mètres de longueur, un alignement de 23 pierres dressées.

Bien que protégé au titre des codes du Patrimoine et de l’Environnement, le site de la Pointe du Châtelet n’en subit pas moins une forte pression touristique, ce qui entraîne une dénudation des sols et une érosion préjudiciable à l’intégrité de ses vestiges immobiliers et mobiliers.

Un projet de prospection thématique interdisciplinaire

L’intérêt du site, l’ampleur de ses structures, mais également les menaces qui pèsent à terme sur sa conservation, justifient la mise en oeuvre de travaux visant à synthétiser et compléter les données existantes. Dans le même temps, l’étude du site soulève d’importantes difficultés méthodologiques.

La fouille du rempart supposerait la mise en oeuvre d’une longue tranchée transversale (de 25 à 30 m au moins). Par ailleurs, étant donné la puissance attendue de la stratigraphie – de l’ordre de 4 m au moins sous le talus – il conviendrait d’aménager plusieurs paliers de sécurité sur une largeur de 10 à 15 m. La réalisation de tels terrassements implique des moyens mécaniques, puisque l’on peut situer le cubage prévisionnel entre 250 et 450 m³… Or les mesures de protection qui s’appliquent au site interdisent cette option, ainsi que toute fouille extensive.

Ces contraintes conduisent à privilégier des approches moins pénalisantes sur l’environnement. Dans cette perspective, sont proposées des méthodes non intrusives destinées à cibler d’éventuelles investigations ultérieures sur des fenêtres limitées mais susceptibles de documenter la stratigraphie et la chronologie du site.

Démarche et méthodes envisagées

Le projet d’étude consiste en une prospection thématique interdisciplinaire articulée autour de 4 axes :

1 – Inventaire, récolement et étude des collections de mobilier

L’objectif est de produire une synthèse des données existantes et de caractériser les horizons chronologiques du site. On s’attachera en outre à localiser, aussi précisément que possible, la provenance des objets sur le site.

2 – Analyse détaillée de la micro-topographie du site

Ce volet se fondera sur l’analyse sur SIG (système d’information géographique) des données LiDAR (light detection and ranging) brutes acquises par l’IGN et le SHOM (service hydrographique et océanographique de la Marine) pour la réalisation du référentiel altimétrique Litto3D. Ce volet s’attachera à identifier des anomalies topographiques susceptibles d’indiquer des structures en creux et en élévation (Fig. 3, 7 et 8). Une analyse minutieuse de la topographie fournira en outre une grille de lecture complémentaire des prospections systématiques effectuées sur le terrain.

Fig. 7 – Analyse morphométrique du MNT (Litto3D)
Fig. 8 – Vue 3D du site les données Litto3D (exagération du relief : 5x)

3 – Prospection géophysique

Compte tenu de la surface de l’éperon et du contexte géologique (substrat rocheux formé d’orthogneiss fortement diaclasé), est envisagée une cartographie de l’ensemble du site par prospection électromagnétique en considérant deux profondeurs d’investigation (0-1 m et 1-2 m). Celle-ci pourra rendre compte de la profondeur d’apparition du substrat rocheux et détecter la présence de zone de creux (diaclases, structures). Les zones les plus faciles d’accès feront l’objet d’une prospection magnétique en adoptant une profondeur d’investigation d’un mètre. Cette méthode, récemment employée avec succès sur d’autres sites de l’Île d’Yeu (Pointe de la Tranche, Ker Daniaud, Pointe du Port de la Meule), devrait permettre de discriminer structures archéologiques et structures naturelles.

4 – Prospection phyto-archéologique

Conjointement à la réalisation des prospections géophysiques, des relevés botaniques sont envisagés selon un carroyage systématique constitué d’unités d’enregistrement de 10 m de côté. La démarche vise à appréhender, à l’échelle du site, la distribution spatiale des espèces végétales selon leurs affinités écologiques. Étant donné le contexte pédologique (sols assez superficiels et plutôt bien drainés sur substrat rocheux), on s’attachera en particulier à étudier les occurrences éventuelles d’espèces affectionnant les sols frais voire humides, possiblement indicatrices de sols profonds et susceptibles de signaler la présence de structures en creux comblées. Conjuguée aux prospections magnétiques dont elle pourra faciliter l’interprétation, la méthode permettra en outre, au travers d’une cartographie des espèces protégées, de délimiter les secteurs incompatibles avec la mise en oeuvre de sondages archéologiques.

Sans préjuger des résultats des prospections de terrain, tant géophysique que botanique, on peut attendre de ces démarches des éléments d’appréciation de l’organisation spatiale du site et de ses potentialités archéologiques. On peut également en espérer des perspectives concrètes et réalistes pour la mise en oeuvre, à plus long terme, d’une stratégie de fouille pluriannuelle.

Brétignolles-sur-Mer : Le Marais Girard (Vendée)

Par Thomas Vigneau

Présentation du site
Fig. 1 – Localisation de l’opération au 250 000e

Localisé au sud-est de station balnéaire de Brétignolles-sur-Mer (Fig. 1), à environ 500 m du centre-ville, le site du Marais Girard s’étend sur l’estran entre la rive gauche du ruisseau de la Normandelière et le platier des Roches du Repos (Fig. 2 et 3). Il correspond à un paléo-estuaire associé à des séquences quaternaires dont la mise en place remonte au Pléistocène moyen ou supérieur.

Fig. 2 – Localisation de l’opération au 25 000e

La plage actuelle est située en contrebas d’un cordon dunaire en partie artificiel en arrière duquel se développe le vallon humide de la Garenne du Marais Girard. Exception faite de l’emprise occupée par la base nautique de la Normandelière, immédiatement située en arrière du rivage, cette basse plaine principalement vouée à l’agriculture reste peu impactée par les aménagements urbains et touristiques.

Fig. 3 – Le Marais Girard – synthèse cartographique

Toutefois, un projet de port de plaisance en eau profonde est actuellement en discussion sur la rive gauche du ruisseau de la Normandelière à proximité immédiate du site du Marais Girard. Il constitue une menace pour la conservation des séquences sédimentaires quaternaires dont l’intégrité est par ailleurs menacée par les démaigrissements récurrents subis par la plage.

Historique des recherches et contexte archéologique

Prospecté par R. Joussaume depuis la fin des années 1960, l’estran du Marais Girard a livré, au nord-ouest de la plage de la Normandelière, des traces d’occupation campaniforme (tessons de céramique à décor incisé et pièces lithiques issues de débitage côtier) sous la dune actuelle, dans des niveaux interprétés comme des limons éoliens (Joussaume 1970).

Suite à la mise en évidence du site (EA 85035 0002), des campagnes de prospection, principalement conduites sous l’égide du Groupe Vendéen d’Études Préhistoriques (GVEP), se sont multipliées sur le littoral brétignollais, notamment depuis la découverte en 1988, sur la plage voisine de La Parée, d’un gisement paléontologique à Elephas antiquus associé à une séquence tourbeuse vraisemblablement datée de l’interglaciaire Éémien (~ 132-122 ka BP).

Les nombreuses prospections conduites depuis près d’une trentaine d’années attestent la fréquence de sols organiques dont le démantèlement tend aujourd’hui à s’accentuer du fait d’une recrudescence de l’érosion marine. Le constat vaut particulièrement pour le site du Marais Girard où deux séquences tourbeuses, désignées T1 et T2 par leur inventeur (Labrude et al. 2000) ont été mises en évidence en 1995. La première (T1 / EA 85035 0030) est située dans la partie inférieure de l’estran, la seconde (T2) est visible plus haut sur la plage, au pied de la dune actuelle (Fig. 3).

Les données collectées sur les deux tourbières proviennent pour l’essentiel de prospections réalisées à la faveur de l’apparition fugace des paléosols organiques. Néanmoins, l’étude de ces séquences, plus particulièrement des niveaux se rattachant à T2, a depuis peu bénéficié de nouvelles données (notamment d’une datation radiocarbone) en lien avec les investigations réalisées à l’automne 2014 par l’Inrap lors d’un diagnostic préalable à la construction du port de plaisance (Raja et al. 2015 ; Rousseau et al. 2015). Par ailleurs, un programme d’études, initié en 2015 à l’occasion d’une prospection thématique (Vigneau 2016), est en cours pour restituer à travers un temps historique très long la dynamique paléogéographique de l’estuaire du Marais Girard.

Le site : état de la question

Au même titre que le site de la Parée, où des niveaux tourbeux pléistocènes et holocènes sont observés depuis le début du XXe siècle, le Marais Girard constitue un site privilégié pour l’étude des paléoenvironnements quaternaires.

La position stratigraphique des séquences organiques conduit à en attribuer l’origine à deux interglaciaires distincts – Holocène (Subboréal) pour les niveaux du haut de l’estran (T2), interglaciaire anté-wechselien (vraisemblablement Éémien) pour les niveaux situés plus bas (T1).

Située à une altitude légèrement inférieure au niveau marin actuel (vers -1,25 NGF), la tourbière T1 présente des macro-restes végétaux et notamment quelques troncs d’arbres couchés. Ces vestiges caractérisent un environnement palustre soustrait à l’influence saline, dont le développement s’est effectué au voisinage des plus hautes mers de l’époque, à une altitude supérieure de 2 à 3 m au niveau marin moyen. Compte tenu des cotes actuelles des pleines mers de vives eaux (autour de 6 m), on peut estimer que le site se rapporte à un niveau marin inférieur de 3 à 7 m au niveau actuel.

Une prospection effectuée en janvier 2001 sur le site a livré une molaire et quelques vestiges osseux attribuables à l’éléphant antique (Large 2008), accréditant ainsi l’hypothèse d’une tourbière antérieure à la fin de l’Interglaciaire Éémien, possiblement contemporaine du site de La Parée.

Le sommet de la tourbière est scellé par un sol hydromorphe de teinte gris-bleu, très compact, formé à partir d’argiles finement sableuses. Témoignant d’un contexte engorgé, ce Gley suggère un dépôt d’alluvions fluvio-marines attribuable à une phase de transgression marine. Il est coiffé par un horizon sableux consolidé par un ciment riche en oxydes ferriques, en lien avec un épisode régressif postérieur. On retrouve le Gley argileux à la base d’une micro-falaise située en haut de l’estran (Fig. 4), au pied de la dune artificielle (vers 3,50 m ~ 3,80 m NGF). La partie supérieure de cet horizon d’environ 50 cm d’épaisseur, a livré un lot de pièces lithiques constitué de galets aménagés et d’éclats laminaires retouchés selon une technique proche du débitage Levallois (Labrude et al. 2000). Cette industrie attribuable au Paléolithique moyen rend compte d’une occupation — sinon d’une fréquentation — du rivage par des groupes de Néandertaliens postérieurement à un maximum transgressif qui a atteint ou dépassé le niveau marin actuel. Le contexte stratigraphique de ces argiles plaide pour une attribution à l’Éémien.

Fig. 4 – Coupe 1, micro-falaise

Les argiles fluvio-marines sont recouvertes par des dépôts hétérométriques à matrice sableuse à limoneuse dont la base comporte une abondante charge de graviers et cailloux de quartz suggérant une mobilisation par solifluxion en contexte périglaciaire. Au vu de leur physionomie et de leur contexte stratigraphique, ces dépôts de pente peuvent être attribués au Weichéslien.

Fig. 5 – Pièces lithiques Marais Girard (cl. T. Taraud)

Ces dépôts de pente sont scellés par des limons vasards plus ou moins argileux attestant un contexte estuarien holocène. Le sommet de la séquence (vers 4,30 m NGF) présente un horizon tourbeux d’environ 30 cm d’épaisseur (T2). Il renferme des éclats de débitage en silex côtier (Fig. 5) qui sont à mettre en parallèle avec les pièces lithiques collectées sur le site depuis les années 1970 et attribuées au Campaniforme. Des traces d’araire et des empreintes de sabots de bovidés ou d’ovicapridés (Fig. 6), observées à la surface de la tourbière, témoignent d’un environnement palustre potentiellement exondé et investi par les activités agricoles et pastorales.

Fig. 6 – Empreintes de sabots de caprinés (2014 ; cl. M. Hillairet)

Le diagnostic effectué par l’Inrap à l’automne de 2014 a d’autre part révélé, en arrière du cordon dunaire artificiel, à quelque 200 m au sud-est de la tourbière T2, la présence de séquences tourbeuses datées de 3620 ± 30 BP (soit 2035~1900 cal. BC). Vraisemblablement équivalentes aux dépôts organiques du Marais Girard, ces dépôts sont aussi à mettre en parallèle avec la tourbière holocène (3600 ± 110 BP) située au sud de la plage de La Parée, à plus d’un kilomètre au nord-ouest. L’ensemble de ces paléosols rend compte d’un vaste environnement marécageux dont le développement, antérieur à la transition Néolithique final / Bronze ancien, s’est vraisemblablement effectué en arrière d’un édifice dunaire aujourd’hui démantelé.

Perspectives de recherche

Si les données collectées jusqu’alors attestent le fort potentiel archéologique du littoral brétignollais, la documentation ayant trait aux dépôts quaternaires du Marais Girard reste encore lacunaire. On ignore notamment la puissance du colmatage sédimentaire du paléo-estuaire dont la mise en place remonte au moins à l’interglaciaire éémien.

Une cartographie de la conductivité électrique du sol, par prospection électromagnétique, pourrait fournir des éléments d’appréciation de la profondeur d’apparition du substrat rocheux et de l’hétérogénéité des sédiments sus-jacents. Cette approche pourrait déboucher sur la définition d’une stratégie d’échantillonnage et sur la mise en oeuvre d’une campagne de carottages systématiques. Couplée à des datations radiométriques ainsi qu’à des analyses paléo-environnementales (sédimentologie, malacologie), cette démarche permettrait d’élaborer un modèle stratigraphique plus précis que celui qui peut être proposé aujourd’hui (Fig. 7).

Fig. 7 – Modèle chronostratigraphie

Pour plus d’informations :

JOUSSAUME R. 1970. « Nouveau site campaniforme en Vendée : le Marais-Girard, commune de Brétignolles », Bulletin de la société préhistorique française, 67-8, p. 243-245.

LABRUDE C., LARGE J.-M. et MANGEMATIN J. 2000. « Le Marais Girard à Brétignolles-sur-Mer (Vendée) : une nouvelle approche du site », Bulletin du groupe vendéen d’études préhistoriques, 36, p. 13-23.

LARGE J.-M. 2008. Le Marais Girard à Brétignolles-sur-Mer (Vendée), note inédite, 14 p.

ROUSSEAU J. (dir.), ARTHUIS R., GRASSET N., RICARD B. avec la collaboration de BOBET M., BRYAND J.-M. et FORRÉ Ph. 2015. Pays-de-la-Loire, Vendée, Brétignolles-sur-Mer, La Normandelière. Rapport final d’opération archéologique, Institut national de recherches archéologiques préventives Grand Ouest, 305 p.

RAJA Ph., ROUSSEAU J. et ARTHUIS R. 2015. Brétignolles-sur-Mer, Vendée, « La Normandelière ». Projet de Port : le chenal. Rapport final d’opération archéologique, Institut national de recherches archéologiques préventives, Direction Scientifique et Technique, Service des activités subaquatiques, 164 p.

VIGNEAU Th. 2016 (en cours). La Parée, Le Marais Girard, La Normandelière. Rapport d’opération d’archéologie sous-marine, Département de la Vendée.

La pointe de Grosse Terre, Corniche vendéenne à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée)

Par Lolita Rousseau et Henri Gandois

Présentation du site

Le site de la pointe de la Grosse Terre se situe en bordure de falaise, à l’extrémité sud de la « Corniche Vendéenne », sur la commune de Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée (Fig. 1).

Fig. 1 – Localisation du site (d’après les cartes IGN et Géoportail ; D.A.O. L. Rousseau)

Il a été mis en évidence par E. Bocquier avec la découverte d’un tesson décoré au peigne en 1917 et d’un tesson à cordon préoral en 1929 (Joussaume 1981, p. 454). À cet endroit, une scie à encoches avait été mise au jour quelques années auparavant par M. Baudouin (Baudouin 1914). Dans les années 1950, C. Burnez signale la découverte d’un tesson décoré non loin à Sion (Burnez 1956). Par la suite, plusieurs prospections de surface ont livré d’autres vestiges campaniformes (lithiques et céramiques principalement), à l’image de celles effectuées par P. Péridy en 1972 (Péridy 1972 ; 1975) ou de N. Rouzeau en 1978 (Rouzeau 1978).

Enfin, une série de trois sondages de très petites dimensions a été menée par D. Longuet en 1981, afin de répondre à l’érosion très intensive du site et suite à l’apparition d’un foyer en bordure de falaise (Fig. 2). Un premier sondage de 6 m² a été réalisé au niveau des parcelles n°414 et n°417 (ex n°1359 et n°4936 selon le cadastre avant rénovation), puis deux autres (4 m² et 0,5 m²), plus au sud, effectués dans le but d’observer l’extension de l’occupation (Longuet et al. 1985).

Fig. 2 – Emprise de la fouille du site (d’après Longuet 1981 ; D.A.O. L. Rousseau)

Cette intervention a permis d’observer un niveau archéologique interstratifié dans la dune et qui a livré du mobilier campaniforme, bien que le foyer ne soit finalement pas associé à l’occupation (Longuet 1981 ; Longuet et al. 1985).

Présentation de la stratigraphie

Les diverses observations, faites sur le terrain lors des premières interventions et encore confirmées récemment par une visite in situ, permettent de proposer la séquence suivante (Fig. 3) :

  • le niveau dunaire actuel ;
  • une couche de sable orangé associée à un foyer et un épandage de pierre. Le tout n’a pu être daté ;
  • de nouveau un niveau de dune ;
  • le niveau archéologique campaniforme, d’une puissance d’une trentaine de centimètres, constitué d’un sable orangé induré ;
  • un autre niveau dunaire d’une épaisseur de 1 m ;
  • des argiles détritiques ;
  • et enfin le socle géologique composé de micaschistes.
Fig. 3 – Cliché et coupe schématique de la falaise à l’emplacement du site (cl. : H. Gandois et schéma d’après Longuet 1981)

Par ailleurs, la présence de certaines zones perturbées par l’établissement d’un blockhaus durant la Seconde Guerre mondiale doit être signalée (Longuet et al. 1985).

Des études géomorphologiques et sédimentologiques précises, sur des niveaux qui ont recelé des occupations campaniformes en stratification interdunaire, seraient à élaborer. En effet, aucun site côtier, à l’heure actuelle, n’a fait l’objet de telles études, alors que l’état de sédimentation sur le littoral est complexe et mériterait un regard précis.

Nature et chronologie du site

Toutes interventions confondues (prospections de surface et fouilles de sauvetage), le site a fourni une quantité très importante de mobilier archéologique, en effet, le nombre de tessons s’élève à près de 250 et le mobilier lithique à plus de 1100 pièces.

Le mobilier céramique issu de la fouille (Fig. 4) se compose de 130 tessons campaniformes assez fragmentés, dont des gobelets décorés (incisions, décors au peigne) et de la céramique commune (jarres à languettes, vases à cordons préoraux ; Longuet 1981). Lors de prospections réalisées par P. Péridy, quelques tessons ramassés semblent se rapprocher de l’Artenac (Néolithique final pré-Campaniforme ; Péridy 1975). En outre, la présence d’un vase à cordon arciforme renvoie, quant à lui, à l’âge du Bronze ancien.

Fig. 4 – Mobilier céramique issu des sondages de 1981 (d’après Longuet et al. 1985)

Le mobilier lithique issu de l’opération de sauvetage comprend 190 artefacts (Fig. 5). Il s’agit essentiellement d’éléments de débitage produits à partir de petits galets côtiers de silex, par percussion posée sur enclume. La fouille a livré dix-huit outils, dont huit grattoirs, deux éclats tronqués, une encoche retouchée, un perçoir, un éclat denticulé, un couteau à dos retouché, une armature de flèche à pédoncule et ailerons équarris, une probable ébauche d’armature perçante et une armature de flèche à tranchant transversal (malheureusement non découverte en place ; Longuet 1981). Lors des prospections de surface, un nombre très important d’éléments de débitage a été prélevé, ainsi qu’une armature tranchante, trois grattoirs, six éclats tronqués, un perçoir, un burin, deux racloirs, quinze éclats microesquillés, cinq éclats retouchés, soit 34 outils supplémentaires (Rouzeau 1978).

Fig. 5 – Mobilier lithique issu des sondages de 1981 (d’après Longuet 1981)

Ainsi la très grande majorité du mobilier diagnostique mis au jour lors des diverses opérations renvoie sans hésitation à la période campaniforme. En revanche, en l’absence de structures attribuables à cette période, les diverses interventions n’ont pas permis pour le moment de caractériser précisément le site.

Problématiques scientifiques

Une demande d’opération archéologique a été déposée auprès du SRA (Service régional de l’archéologie) des Pays de la Loire afin de réaliser une série de sondages à la pointe de la Grosse Terre, dans la parcelle BR-420 (Fig. 1). La problématique de la recherche s’articule autour de deux axes principaux avec un troisième en filigrane.

Il s’agit tout d’abord de sauvegarder un site victime de l’érosion, mais également des eaux de ruissellement qui « lessivent » régulièrement sa surface. Ces deux facteurs combinés ont pour conséquence de mettre à nu par endroits les couches archéologiques qui se trouvent ainsi fragilisées. Un rapide passage sur place en septembre 2015 a permis de constater que du mobilier archéologique protohistorique était directement visible sous le sable (Fig. 6). En moins de cinq minutes, ce sont pas moins de sept tessons (dont deux éléments de forme) et 25 pièces lithiques qui ont été rassemblés sur moins de 2 mètres carrés, confirmant ainsi tout le potentiel du site.

Fig. 6 – Vue in situ du mobilier archéologique (dans les cercles rouges) abondant à la pointe de la Grosse Terre en septembre 2015 (cl. H. Gandois)

Le deuxième intérêt majeur de cette demande concerne la caractérisation même du site et de son statut. En effet, il se voit classiquement attribuer le qualificatif d’habitat, au même titre que les nombreuses occupations campaniformes réparties le long le littoral vendéen (Joussaume 1981 ; Poissonnier 1990). Hormis des quantités parfois importantes de mobilier lithique et céramique, aucun élément structurant ne leur est généralement associé. Ce constat est probablement lié en partie au mode d’intervention effectué sur ces sites, qui se limite le plus souvent à un suivi de type prospection pédestre. Mais en revanche les fouilles effectuées sur le site littoral de la Passe de l’Écuissière à Dolus-d’Oléron ont déjà permis de mettre en évidence quelques éléments de structuration de l’habitat : muret en pierres sèches, palissade, trou de calage de poteau, etc. (Bougeant 2009). Il serait donc intéressant de voir si ces types d’éléments peuvent être identifiés sur le site de la Grosse Terre en haut de la corniche vendéenne, afin d’établir si ce site correspond à un site d’habitat structuré ou bien à un site lié quasi exclusivement à des activités spécialisées, par exemple des activités métallurgiques, cynégétiques/halieutiques côtières, ou encore de débitage. Cette intervention, combinée aux quelques informations que l’on possède déjà, permettra ainsi sans doute de préciser la forme que peut revêtir ce type de gisement.

Un dernier élément, plus ténu, motive également cette demande de sondage : la possibilité de découvrir d’éventuelles structures et/ou artefacts liés à la métallurgie du cuivre. Les traces de telles activités en contexte campaniforme en France sont extrêmement rares, voire totalement exceptionnelles, surtout si on les compare aux artefacts métalliques attribuables de façon certaine (poignards à languette, pointes de Palmela…) ou très probable (certaines haches plates) à cette culture. Néanmoins des fouilles récentes menées non loin de la Grosse Terre, dans l’anse de la République à Talmont-Saint-Hilaire ont permis de confirmer l’existence d’une métallurgie campaniforme en Vendée (Gandois et Rousseau 2015). Des fouilles minutieuses peuvent donc amener de nouveaux éléments, même infimes, sur cette problématique des débuts de la métallurgie sur la façade atlantique de la France. Si de tels éléments pouvaient être mis au jour à la pointe de la Grosse Terre, cela ferait du site un jalon incontournable pour les débuts de la métallurgie dans l’Ouest.


Pour aller plus d’informations :

BAUDOUIN M. 1914. « Nouvelles remarques sur la Pétrographie de la Station sous-marine de Saint-Gilles sur Vie (Vendée) », Bulletin de la Société préhistorique française, 11-8, p. 391-400.

BOUGEANT P. 2009. « L’habitat campaniforme de la plage de l’Écuissière à Dolus-d’Oléron (Charente-Maritime) ». In : Laporte L. (dir), Des premiers paysans aux premiers métallurgistes sur la façade atlantique de la France (3500-2000 av. J.-C.). Chauvigny, Association des Publications chauvinoises, p. 163-166.

BURNEZ C. 1956. « Nouveaux témoins de la civilisation des caliciformes dans les pays de l’Ouest ». Bulletin de la Société préhistorique française, 53 1-2, p. 48-50.

GANDOIS H., ROUSSEAU L. (dir.), avec les contributions de CUENCA SOLANA D., DUPONT C., FAVREL Q., GARNIER N., LAFORGE M., LE CARLIER DE VESLUD C., MAISONNEUVE T., RAFFIN A., VIGNEAU T. 2015. Rapport Final d’Opérations de sondages – L’anse de la République à Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), Opération n° 2014-51. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 133 p.

JOUSSAUME R. 1981. Le Néolithique de l’Aunis et du Poitou occidental dans son cadre atlantique. Rennes, Université de Rennes I, Travaux du laboratoire d’Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire et Quaternaire armoricain, 625 p.

LONGUET D. 1981. Pointe de Grosse Terre, Saint-Hilaire-de-Riez, rapport de sauvetage. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire [n.p.].

LONGUET D., PÉRIDY P., ROUZEAU N. 1985. « Le site campaniforme de la Pointe de Grosse Terre, commune de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée) », Études Préhistoriques et Protohistoriques, Pays de Loire, 8, p. 31-42.

PÉRIDY P. 1972. Rapport de prospections de surface sur la commune de St-Hilaire-de-Riez, Vendée. Lieu-dit : Pointe de la Grosse Terre, Corniche Vendéenne. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 4 p.

PÉRIDY P. 1975. « Céramiques décorées de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée) ». Annuaire de la Société d’Émulation de la Vendée, p. 106-107.

POISSONNIER B. 1990. « Le Chalcolithique ». In : Vital C., 150 années de découvertes archéologiques en Vendée – La Mort et le Sacré. Thonon-les-Bains, L’Albaron, p. 73-91.

ROUZEAU N. 1978. Le site de la Pointe de Grosse-Terre, Saint-Hilaire de Riez (85), rapport de prospection. Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 3 p.

Le dépôt coquillier de Ker Châlon, Île d’Yeu (Vendée)

Par Annabelle Chauviteau

La plage de Ker Châlon
Fig1
Fig. 1 – La plage de Ker Châlon, Île d’Yeu (Géoportail)

La plage de Ker Châlon se situe sur la côte nord de l’Île d’Yeu (Vendée, fig. 1), à l’est de Port Joinville et face au littoral vendéen. Cette plage a connu durant l’hiver 2013-2014 un retrait de son sable du fait d’une succession de fortes tempêtes (Chauviteau 2014). Ce retrait, qui a duré quelques semaines, a rendu apparent un paléosol organique (fig. 2) dans lequel était fiché du mobilier (vestiges lithiques, bris de céramique, os brisés, charbons, fig. 3a et3b). Des creusements anthropiques quadrangulaires et circulaires étaient visibles dans ce paléosol, vestiges non datés à ce jour (fig. 4a et 4b).

Fig2
Fig. 2 – Paléosol organique de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014
Fig3
Fig. 3a – Mobilier de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014
fig4
Fig. 3b – Mobilier de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014

Ce site se trouve en contexte organique lié à un paléo-estuaire ou un paléo-marais. Il a été étudié par Yann Le Jeune (Service Régional de l’archéologie) et Thomas Vigneau (Conseil Départemental de la Vendée) qui ont réalisé divers travaux en 2014 et notamment des sondages à la tarière (modèle stratigraphique, extension du paléosol, comparaison avec le Lidar Litto3D, etc.). Le rapport d’intervention et les rendus sont en cours.

Fig5a
Fig. 4a – Creusements quadrangulaires et circulaires, plage de Ker Châlon
Fig5b
Fig. 4b – Creusements quadrangulaires et circulaires, plage de Ker Châlon
Le dépôt coquillier
Fig5c
Fig. 5. Emplacement du dépôt coquillier et de la zone avec paléosol organique, plage de Ker Châlon (Géoportail)

Plus à l’est (fig. 5), l’érosion marine a fortement perturbé le trait côtier entraînant un important recul de la dune qui s’accélère notablement depuis 2013 (fig. 6, 7 et 8). La coupe dunaire de plus de 4 m de hauteur montre ici différents horizons archéologiques (fig. 9).

Fig6
Fig. 6 – Dépôt coquillier, 14 novembre 2013
Fig7
Fig. 7 – Dépôt coquillier, 11 février 2014
Fig8
Fig. 8 – Etat de la dune le 10 mars 2016

Un niveau organique de couleur brunâtre s’intercale entre le platier rocheux et la dune sus-jacente. D’une épaisseur variant de 15 à 35 cm, il se caractérise par un corps sédimentaire de texture sablo-argileuse très induré comportant une forte proportion de graviers. Il est possible de visualiser ce paléosol sur presque l’ensemble de la frange côtière nord de l’île.

Fig9
Fig. 9 – Coupe de la dune de Ker Châlon (cl. Y. Le Jeune)

C’est dans cet horizon que se trouvait un dépôt coquiller d’environ 90 cm de largeur (fig .10) constitué en majeure partie de patelles (Patella vulgata), de moules (Mytilus sp.), de bigorneaux (Littorina littorea), d’os brisés et de charbon de bois. Une intervention d’urgence a été réalisée par le service du patrimoine municipal afin de sauvegarder les vestiges menaçant de partir à la mer éminemment. Le mobilier ainsi recueilli a été passé au tamis et conservé dans le dépôt archéologique municipal. Une petite partie de ce dépôt est toujours en place, pouvant potentiellement apporter quelques informations taphonomiques. Il est à noter qu’un horizon sableux recouvre ce dépôt coquillier, il s’agit ici de paléosols au sein de séquences, ils contiennent également des charbons et des coquilles (fig. 10).

Fig10
Fig. 10 – Dépôt coquillier, 11 février 2014

Une étude de la composition malacofaunique et autres restes fauniques du dépôt serait des plus intéressantes (exploitation de la malacofaune sur l’île, comportement opportuniste ayant exploité  toute la diversité de la malacofaune disponible dans l’environnement marin proche ou techniques de pêche plus complexes ?) et permettrait une  comparaison avec les dépôts et amas coquilliers de la région (Saint-Gildas par exemple) et en contexte insulaire (Hoedic, Molène, etc.). En plus, une datation au radiocarbone permettrait d’en apprendre d’avantage sur ces populations et l’époque où elles ont séjourné sur l’île (dépôt mésolithique ?).


Pour plus d’informations :

CHAUVITEAU A. 2014. Inventaire complémentaire des sites et du mobilier archéologiques, (Vendée, 85). Rapport de prospection-inventaire, Nantes, service patrimoine de la mairie de l’Île d’Yeu, Service régional de l’archéologie Pays de la Loire, 105 p.

DUPONT C. 2003. La malacofaune de sites mésolithiques et néolithiques de la façade atlantique : Contribution à l’économie et à l’identité culturelle des groupes concernés. Paris, Université de Paris I, Thèse de Doctorat, 542 p.

Le cimetière des Noyés à l’île d’Yeu (Vendée)

Par Annabelle Chauviteau

Le cimetière des Noyés se situe sur la côte nord-ouest de l’Ile d’Yeu (Vendée), entre la pointe des Cantins et la plage de la Planche à Puare avec une forte concentration d’inhumations autour de la pointe de la Gournaise (fig. 1). Le littoral est ici formé de dunes sur plage et de dunes perchées sur platier rocheux. Face aux vents de nord’-ouest, le trait côtier de cette zone est fortement perturbé (fig. 2) et en net recul depuis plusieurs années, ce qui a occasionné la découverte à ce jour de 14 sépultures différentes.

Fig. 1 – Emplacement du cimetière des noyés sur la côte nord-ouest de l’Île d’Yeu, carte IGN (géoportail)
Fig. 2 – Erosion maritime sur la dune de la plage de la Gournaise, disparition de la dune blanche et de la dune embryonnaire, 3 février 2014

Cette côte est en effet réputée dangereuse pour la navigation par la présence, plus au large, de récifs tels que les Chien Perrins et les Petits et Grands Champs, mais aussi de hauts fonds tels que ceux de Basse Flore. On y dénombre de multiples naufrages et par conséquent de nombreuses noyades liées à ces fortunes de mer. La transmission orale attribuait à cette côte la funeste réputation d’avoir servi de cimetière pour ces noyés et seulement une carte datée de 1796 témoignait de la présence de ce cimetière sur la pointe de la Gournaise  (fig. 3). En 1993, Jean Humeau indiquait dans son ouvrage Des vigies aux sémaphores que « de nombreux naufrages aux conséquences dramatiques ont fait que cette zone de l’île (côte nord-ouest) contiendrait un nombre impressionnant de dépouilles de naufragés, sans doute depuis les origines de la navigation et de ses premiers accidents. Des pêcheurs en plantant des piquets pour y faire sécher leurs filets seraient tombés plusieurs fois sur des crânes ou des squelettes ensevelis aux os couleur de sable. » (Humeau 1993).

Fig. 3 – Carte annexée à un rapport daté de mars 1796, envoyée par le Général républicain Tristan-Brision au citoyen Letourneur, Président du Directoire. Archives de Vincennes

C’est l’érosion maritime qui va attester de la présence de ce cimetière en décembre 1999. En effet, à l’issue des tempêtes Lothar et Martin qui ont fortement dégradé la dune, des squelettes humains furent retrouvés fortuitement par les services techniques municipaux et déclarés officiellement pour la première fois en Gendarmerie. Cependant, aucune opération archéologique ne fut réalisée et aucune archive concernant ces découvertes ne fut conservée.

En 2010, Denis Leroy, un promeneur, découvre  un autre squelette sur la pointe de la Gournaise. Les gendarmes ont alors recueilli les ossements et envoyé un prélèvement au laboratoire de Lyon 1 pour datation radiocarbone. Les résultats observés sont que l’individu dont la matière organique de l’os a été mesurée est mort entre 1450 et 1630 après J.-C.  (Lyon-8000 (OxA) : 365 ± 25 BP ; Chauviteau 2012).

En janvier 2011, d’autres ossements sont apparus un peu plus à l’est (plage du Petit Poiry) et découverts par Patrick Vienne. Ce dernier les a dégagés et ramenés chez lui avant de prévenir les instances compétentes. Ces vestiges formaient les restes partiels d’un individu mature (plus de 30 ans) de sexe masculin, d’une taille estimée à 1,66 m (± 4 cm). Une datation au radiocarbone a été obtenue (Lyon-8827 (SacA 27795) : 440 ± 30) soit un âge calibré compris entre 1416 et 1609 ap. J.-C. Cet individu a fait l’objet d’un compte-rendu d’expertise archéologique par Yann Le Jeune (DRAC-SRA) ainsi qu’une étude ostéologique et paléobiologique effectuée par Mona Le Luyer (Chauviteau 2012).

Le 30 octobre 2012, Mme Dolorès Chauviteau découvre de nouveaux ossements sur la pointe de la Gournaise, en coupe de dune. Il s’agissait de deux individus, l’un mature et probablement de sexe masculin et l’autre immature (Large 2013). La quasi-totalité du squelette fut prélevé en raison de l’éboulement de la dune due à l’érosion marine.

Une fouille programmée fut réalisée sur ce site du 21 au 28 juin 2013 sous la direction de Jean-Marc Large. Sur la tranche laissée par l’érosion marine et le passage des usagers de la côte a été définie une bande orientée est-ouest de 0,70 m de large maximum sur une longueur de 4 m qui a permis de réaliser une coupe dunaire et de mettre à plat le niveau de dépôt des corps. Il s’agissait de déterminer précisément la nature du creusement qui a précédé l’enfouissement des corps, d’évaluer la chronologie des deux dépôts (simultanés ? successifs ?) et de relever précisément sur le terrain les restes du ou des squelettes.

Les découvertes vont se succéder après chaque tempête et/ou chaque grande marée (fig. 4 et 5) jusqu’à aujourd’hui (la dernière découverte date de février 2016 ; fig. 6). Un protocole d’intervention d’urgence a été mis en place entre le service régional de l’archéologie de la région Pays de la Loire et le service du patrimoine de la Mairie de l’Ile d’Yeu. Il consiste à ce que le service du patrimoine, lors de la découverte fortuite d’ossements et après l’alerte des instances administratives (Gendarmerie, SRA, Maire), intervienne avant la prochaine marée haute afin d’extraire les ossements susceptibles de partir à la mer. Cette côte étant classée zone naturelle protégée, ces interventions doivent être réalisées sans porter atteinte de quelque manière que ce soit au couvert végétal. Mais de cette méthode résulte des nombreuses lacunes (aucune approche taphonomique, ensembles souvent incomplets, etc.).

Fig. 4 – Squelette 8/2014, dune de la pointe de Gournaise, 26 février 2014
Fig. 5 – Squelette 8/2014, partie supérieure du corps, 26 février 2014
Fig. 6 – Squelette 14/2016, 12 février 2016

L’érosion du trait côtier a donc fait apparaître sur cette zone de l’île un site d’un type inédit pour la région mais qui se dégrade et disparaît inexorablement à chaque tempête. Les squelettes, depuis leur sortie du sable sont conservés dans le dépôt archéologique municipal mais cet environnement menace leur conservation et par conséquent la possibilité d’en apprendre davantage sur ce site et sur les individus qui y furent inhumés. Une étude anthropologique de ces ensembles permettrait de documenter le site avant qu’il ne disparaissent pour des raisons climatiques et sanitaires.


Pour aller plus loin :

CHAUVITEAU A. 2012. Squelettes découverts sur la côte nord-ouest de l’île d’Yeu (Vendée, 85), rapport de prospection-inventaire. Service patrimoine de la mairie de l’île d’Yeu, Nantes, Service régional de l’archéologie  des Pays de la Loire, 18 p.

HUMEAU J. 1993. Des vigies aux sémaphores : les témoins de l’histoire islaise.  Ile d’Yeu, Atelier du Patrimoine Islais, 56 p.

LARGE J.-M., TORTUYAUX J.-P., CORSON S., CHAUVITEAU A. 2013. Rapport de prospection-inventaire sur le littoral de la Vendée. Nantes, Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 44 p.

Un hiver dans l’archipel de Molène… Des tempêtes et des sites (Finistère)

Par Henri Gandois

Un inventaire archéologique de l’archipel de Molène a été entrepris depuis plusieurs années via des prospections, sondages et fouilles. Les informations récoltées alimentent la problématique du peuplement de ces îles. En effet, hormis l’habitat de l’âge du Bronze ancien de Beg ar Loued sur Molène,  les autres îles de l’archipel ne livrent presque exclusivement que des structures funéraires et quelques amas coquilliers. De nouvelles données sur les structures d’habitats permettront d’atténuer la disproportion entre les monuments funéraires et les habitats ou indices d’habitats, ces derniers se trouvant multipliés par la découverte récente de nombreux barrages de pêcherie désormais totalement immergés pour la plupart. Cette dernière avait même fait qualifier l’archipel de Molène d’ « îles pour les morts » (Scarre 2011) où les peuplades du continent seraient venues enterrer leurs morts, les îles du couchant représentant une frontière symbolique entre le monde des vivants et celui des morts. Les dernières recherches et études sur cet archipel tendent à démontrer que, au contraire, les îles de l’Iroise étaient bien habitées par des populations sédentaires lors de la protohistoire et que les monuments mégalithiques sépulcraux (certainement mieux préservés en contexte insulaire que sur le continent) sont le témoignage des pratiques funéraires d’une population autochtone et pas celui d’ « îles pour les morts ».

Durant l’hiver 2013/2014, de nombreuses tempêtes avec des conditions météorologiques et marines extraordinairement énergétiques ont eu lieu sur les côtes atlantiques n’épargnant pas  l’archipel de Molène. À titre d’exemple, grâce à un levé au DGPS centimétrique (GPS différentiel) des laisses de mer sur l’île de Kemenez, il a été constaté que c’est 27% de sa surface qui a été submergée lors de la marée du 1er février 2014 ; durant cette même marée, le trait de côte ouest du Ledenez Vraz de Kemenez a reculé de plus de 11m en une nuit (Fig. 1, haut).

Fig. 1. En haut : vue générale du vieux sol apparu en une marée en février 2014 ; en bas à gauche : vue d’une fosse sub-rectangulaire vidée par la mer ; en bas à droite : vue d’une structure en pierres sèches aperçue dans la dune et détruite à la marée suivante

Des sites archéologiques sont donc apparus sur le littoral des îles de Trielen, Béniguet et Kemenez en Iroise. Des observations et interventions ont été réalisées en janvier, février et mars 2014 par Henri Gandois, soit moins d’un mois après les évènements, et ont permis de documenter des sites, bien qu’un certain nombre avait déjà disparu (détruits ou ré-ensablés).

Les milieux insulaires sont des contextes particuliers (difficulté d’accès, temps d’intervention souvent très court, zones protégées, diversité typologique des sites…) ce qui a des incidences sur les méthodes et les stratégies de fouilles ainsi que d’études, répondant à des besoins et des conditions particulières. Au total, 20 sites et indices de sites ont été mis au jour dans ces îles et îlots : 7 sur Kemenez, 6 sur Ledenez Vraz de Kemenez, 1 sur le Ledenez Vihan de Kemenez, 4 sur Trielen et 3 sur Béniguet. La surreprésentation de Kemenez et de ses Ledenez est à mettre en lien avec la présence d’un archéologue sur l’île lors des tempêtes (H. Gandois).

Une structure d’habitat néolithique sur Kemenez
Fig. 2. Vue zénithale de l’alignement de trous de poteaux du site n°54, en bas : vue non retouchée ; en haut : modification sous Photoshop pour faire ressortir les structures

L’estran sud a livré plusieurs taches subcirculaires marron brun et le dégagement du goémon et des quelques galets encore présents sur le vieux sol a permis de mettre au jour un alignement de structures en creux circulaires, dont 4 principales d’environ 70cm de diamètre moyen, sur un axe est-ouest parallèle à une microfalaise (fig. 2). L’ensemble a été relevé, et la plus grande partie a été étudiée en détail (fig.3). En tout, 441 pièces lithiques taillées, 4 macro-outils, 113 tessons de céramique, 21 carporestes (restes de graines et de fruits, dont du blé et de l’orge), quelques dizaines de charbons, 17 restes ichtyologiques (poissons) et plusieurs dizaines d’éléments malacofauniques (coquilles) ont été découverts (fig.4).

Fig. 3. Relevé de l’alignement du site 54 et des trous de poteaux
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Fig. 4. Exemples de mobilier mis au jour dans les trous de poteaux du site 54 ; a : TP3, perçoir en silex ; b : TP1, enclume en grès-quartzite légèrement rubéfiée et présentant un double impact ; c : TP1, céramique, fragment de panse arrondie ; d : TP4, caryopse d’orge polystique nue (Hordeum vulgare var. nudum).

Ces structures correspondent très vraisemblablement à un alignement de trous de poteaux, formant les restes d’un habitat. Le mobilier lithique ne permet pas de datation précise, cependant, les tessons de céramiques mis au jour sont datables du Néolithique, sans doute récent ou final. Deux datations sur graines sont en cours et permettront de préciser la distribution chronologique du site.

Une fosse détritique avec des restes humains sur l’estran sud de Kemenez

Ce site est connu depuis 2011 grâce à la présence d’un seul trou de poteau avec son dispositif de calage visible en coupe de microfalaise sur l’estran sud. Après le recul du trait de côte le 1er février 2014, cette structure en creux a disparu pour laisser place à une zone de terre noire et très organique (fig. 5) contenant quelques éléments fauniques (malacofaune principalement des Patella sp., de l’ichtyofaune et de la faune terrestre), ainsi que quelques artefacts lithiques et céramiques ; au sud, du côté estran, 3 petites taches subcirculaires avec plusieurs pierres plates plantées verticalement sur les bords faisaient penser à des trous de piquet.

Fig. 5. A gauche : vue du site 22bis le lendemain du coup de mer du 1er février 2014, la zone marron organique se détache nettement sur l’encaissant limoneux brun ocre, les possibles trous de piquets ont été cerclés de rouge ; à droite : vue du même site en cours de fouille en mars 2014

L’étude approfondie de ce site a permis plusieurs découvertes : structures s’apparentant à des trous de piquets ; une surface d’environ 1,5m² de terre marron très organique contenant de nombreux artefacts (objets façonnés par l’homme) et écofacts (produits par la nature). La partie supérieure de cette zone a été perturbée, une haussière de cargo était prise dans la partie inférieure de la terre végétale, montrant ainsi que de nombreuses tempêtes avaient déjà attaqué cet endroit. L’ensemble des éléments découverts tendait à montrer que cette structure s’apparentait à une fosse dépotoir (fig. 6) avec 7 trous de piquet alentour. Celle-ci avait un remplissage divers : 92 éléments lithiques, 91 tessons, 4677 restes ichtyologiques (dont 846 déterminés), 325 restes osseux de faune terrestre (39 déterminés), plus de 2kg de fragments de coquilles, 441 carporestes (304 déterminés) ainsi que des restes osseux humains en connexion partielle ont été découverts (fig. 7). Les 7 trous de piquet ont été étudiés, prélevés et tamisés et ont permis de distinguer : 37 éléments lithiques taillés, un macro-outil, 22 tessons de céramiques, presque 300 éléments de faunes terrestres et marins, plus d’une centaine de restes malacologiques et une graine (céréale indéterminée).

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Fig. 6. Relevé en plan et en coupe du site 22bis
fig. 7. Vue des ossements humains en connexion dans la coupe du site 22bis

Cet ensemble paraît être une fosse détritique composée d’un amas coquillier avec des restes fauniques, quelques éléments de céramique et lithique, ainsi que des charbons et des graines. Cependant, les 7 petites structures en creux sont plus difficilement interprétable (trous de piquets) notamment car seule une partie du site est connue (une partie a disparu et une autre n’est pas accessible). Nous sommes dans ce type de cas face à une « archéologie en miette », entre des éléments qui ont disparu et qu’il n’est donc pas possible de rattacher aux nouveaux éléments apparus et des potentiels éléments derrière la microfalaise qui pourraient compléter le plan général. Les prochaines tempêtes découvriront peut-être de nouvelles structures mais si c’est le cas, il ne fait aucun doute que toutes celles décrites ici auront disparu alors… L’ensemble n’est actuellement daté que par quelques éléments de chronologie relative : l’ensemble du mobilier lithique et céramique renvoie vers la fin du Néolithique ou le début de l’âge du bronze.

La découverte des restes carpologiques (NMI – nombre minimum d’individus – = 442) est relativement rare dans l’archipel et apporte donc un ensemble d’informations particulièrement riches pour la compréhension du paléoenvironnement de l’archipel. Les restes fauniques sont en attentes ou en cours d’études, et quelques éléments sont à souligner comme la présence de fragments osseux périnataux de caprinés et de bovidés, et des restes de faune sauvage (phoque, plongeon et peut-être pingouin).

La présence de restes humains partiellement en connexion est encore plus surprenante. Les restes humains anciens sont de manière générale très rares en Bretagne, du fait de l’acidité du sol désagrégeant très rapidement les restes osseux. Ce n’est qu’à la faveur de conditions très particulières que ceux-ci peuvent être conservés. Ici, la bonne conservation des restes humains et fauniques est due à la présence des os dans l’amas coquillier, le calcaire des coquillages augmentant considérablement le pH et réduisant ainsi l’acidité. Dans l’archipel de Molène, des restes osseux ont été mis au jour au cours de ces dernières années, mais la plupart datant de périodes sub-contemporaines ou modernes, les plus anciens en connexions datant du Haut Moyen Âge. Cependant, sur le site de Beg ar Loued (île Molène), des restes crâniens humains ainsi qu’une molaire avaient été mis au jour et dataient du début du IIème millénaire avant J.C.

Les autres sites

Sur l’île de Trielen, un paléosol avec un important mobilier lithique et céramique a été mis au jour en deux endroits de la côte nord. Au sud, dans ce même paléosol, un alignement de petites pierres d’environ 7m de long est apparu. Actuellement, l’interprétation de cet ensemble est difficile, mais il ne semble pas que ces pierres puissent avoir une fonction architectonique. Toujours sur cette même côte, une fosse a été dégagée en coupe de microfalaise, elle abrite les restes d’un bovidé vraisemblablement sub-contemporain.

L’Île Béniguet a livré deux nouveaux amas coquilliers, dont un (de par sa situation stratigraphique en coupe de microfalaise) pourrait remonter au Mésolithique (fig.8 en haut à droite) ce qui en ferait le plus ancien de l’Archipel. Le second est nettement plus important, deux prélèvements ont été effectués, le mobilier (dont une perle en test coquillier) se rattache à la transition Néolithique / âge du Bronze, vraisemblablement le Campaniforme.

Sur l’île de Kemenez et ses Ledenez, plusieurs autres sites ou indices de sites existent : un amas de débitage de silex ; une fosse rectangulaire profondément creusée dans le substrat limoneux brun ocre et abritant les restes d’un équidé en connexion et ceux d’un jeune suiné (fig.8 en bas) ; une fosse sub-rectangulaire totalement vidée par la mer avant intervention ; une structure indéterminée en pierres sèches apparue dans la dune et détruite à la marée suivante ; deux nouveaux affleurements à cupules ; des paléosols livrant du mobilier protohistorique (lithique taillé, céramique non tournée, macro-outillage…) ; plusieurs alignements de pierres plantées de chants, certains mégalithiques (fig. 8 en haut à gauche).

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Fig. 8. Quelques exemples d’autres sites apparus suite aux tempêtes de l’hiver 2014 ; en haut à gauche : alignement de pierres mégalithiques sur la côte est du Ledenez Vraz de Kemenez (Néolithique probable) ; en haut à droite : petit amas coquillier possiblement mésolithique en coupe de falaise nord de Béniguet ; en bas : fosse avec restes en connexion d’un équidé en cours de fouille et état fin de fouille (époque contemporaine)

Les amas coquilliers mis au jour dans l’archipel ont tous fait l’objet de prélèvements systématiques avec un tamisage à 2mm. Ces opérations fastidieuses mais très précieuses permettent d’étudier l’ensemble des éléments archéologiques (écofacts et artefacts) dont certains ne sont pas toujours visibles à l’œil nu, et qui donc se retrouvent facilement dans les déblais de fouilles. Grâce à ce type d’opération, de nombreuses informations sont sauvées tels que les restes de microfaune, de carporestes, ou bien encore les charbons qui permettent ainsi d’avoir des informations sur le paléoenvironnement.

Conclusion…

Le bilan de cette campagne de fouilles d’urgence en 2014 sur ces 5 îles et îlots en mer d’Iroise laisse un sentiment partagé. D’un point de vue scientifique, le maximum a été fait, compte tenu des moyens disponibles, pour tenter de sauvegarder les données, en revanche la plupart des sites en eux-mêmes sont extrêmement menacés et appelés à disparaître à très court terme si ce n’est pas déjà fait.

Il ne faut pas se leurrer, la majorité des résultats rassemblés ici sont uniquement dus à la chance d’avoir été présent sur place lors des tempêtes de début 2014, sans cela beaucoup de sites n’auraient pas été identifiés, comme cela a dû être le cas sur de nombreux points de la côte. Le facteur chance ne suffit malheureusement pas, ainsi des structures ont été mises au jour et ravagées pendant la même marée, ne laissant aucune chance pour les sauvegarder ou même les documenter. Avec l’expérience acquise sur le terrain, il faut insister sur la nécessité d’intervenir dans les délais les plus brefs et si possible immédiatement car la vitesse de disparition et/ou d’ensablement des sites est véritablement impressionnante. Mais il va sans dire que cette rapidité d’intervention ne peut que se heurter aux diverses formalités administratives requises.

Mais dans tous les cas il faut garder à l’esprit que s’agissant de sites d’estran, ils sont sous la menace permanente des tempêtes, ainsi le tertre funéraire du Néolithique moyen fouillé en 2010 (Gandois et al., 2013b) a au deux tiers disparu lors de l’hiver 2014 (Fig. 9). Ils risquent donc tous de disparaître à plus ou moins long terme lors des tempêtes hivernales, car à la fin c’est toujours la mer qui gagne…

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Fig. 9. Illustration des dégâts des tempêtes de l’hiver 2014 sur le tertre funéraire au nord du Ledenez Vihan de Kemenez ; en haut : MNT état fin de fouille, la partie violette représente ce qui a été emporté ; en bas : vue vers le sud, on peut retrouver les pierres indiquées en vert et en rouge sur le plan du haut

Ces sites sont suivis et étudiés notamment par Henri Gandois (UMR 8215, Trajectoires Université Paris 1 et membre associé UMR 6566, CReAAH – Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire), David et Soizic Cuisnier (exploitants de la ferme insulaire de Kemenez, prospecteurs bénévoles), Laura Berrio (UMR 8215, Trajectoires), Philippe Chambon (UMR 7041, ArScAn – Archéologies environnementales), Yvon Dréano (Ichtyologue, CRAVO – Centre de Recherche Archéologique de la Vallée de l’Oise), Ewen Ihuel (Service Archéologique Départemental de la Dordogne, UMR 7055, Préhistoire et Technologies), Laure Salanova (UMR 7055, Préhistoire et Technologie), Pierre Stéphan (UMR 6554, LETG – Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique), Quentin Favrel (UMR 8215, Trajectoires), Hélène Mahéo (Conservatrice de la Réserve Naturelle d’Iroise) et David Bourles (Garde de la Réserve Naturelle d’Iroise).


Pour aller plus loin :

DREANO Y., GIOVANNACCI S., DUPONT C., GRUET Y., HOGUIN R., IHUEL E., LEROY A., MARCHAND G., PAILLER Y., SPARFEL Y., TRESSET A. 2007. « Le patrimoine archéologique de l’île Béniguet (Le Conquet, Finistère). Bilan des recherches 2000-2007 ». Bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France, nouvelle série, t. 29 n°3, « Quinze ans d’étude et de recherches sur la réserve de Béniguet », p. 161-172.

GANDOIS H., CHAMBON P. 2013. « Nouveaux restes osseux humains trouvés à Béniguet. Première datation ». In : Yésou P. et Jaouen Y. (dir.), Réserve de Béniguet, rapport scientifique et technique, saison 2012. Ministère chargé de l’environnement, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, p. 26-32.

GANDOIS H. (dir.), STEPHAN P. et la collaboration de CUISNIER D., GLADU Y., LALLEMENT F., PRIOL H. 2013a. Rapport sur les prospections sous-marines et sur la zone d’estran en mer d’Iroise. Opération n°OA-1746, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 49 p.

GANDOIS H., PAILLER Y., STEPHAN P., NICOLAS C. 2013b. « L’érosion marine et ses effets sur les vestiges archéologiques en mer d’Iroise : exemple de l’impact de la tempête de mars 2008 sur l’île Kemenez et ses Ledenez (Le Conquet, Finistère, France) ». In : Daire M.-Y., Dupont C., Baudry A., Billard C., Large J.-M., Lespez L., Normand E. et Scarre C. (dir.), Ancient maritime communities and the relationship between people and environment along the European Atlantic coasts / Anciens peuplements littoraux et relations homme/milieu sur les côtes de l’Europe atlantique. Proceedings of the HOMER 2011 Conference, Actes du colloque HOMER 2011 (Vannes, 28 septembre-1er octobre 2011). Oxford, Archaeopress, British Archaeological Reports International Series 2570, p. 99-109.

GANDOIS H. avec la contribution de QUESNEL L. 2014. Rapport d’opération (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez et Trielen (Le Conquet, Finistère). Opération n°OA-2435, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 21 p.

GANDOIS H. (dir.), avec les contributions de BERRIO L., BLAISE E., DREANO Y., FONTANA L., IHUEL E., SALANOVA L., STEPHAN P. et la collaboration de BEDAULT L., CHAMBON P., CUISNIER D., HACHEM L., LEDUC C., PILIOUGINE C., RAFFIN A. 2015. Rapport d’opérations (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez, Béniguet et Trielen (Le Conquet, Finistère). Opération n°OA-2463, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 147 p.

PAILLER Y., GANDOIS H. (dir.), ASSOUS-PLUNIAN M., NICOLAS C., DONNART K., DUPONT C., DREANO Y., TRESSET A., DEBUE K. 2008. Programme Archéologique Molénais, Rapport n° 10 : prospections dans l’archipel de Molène (Finistère). Service régional de l’archéologie Bretagne, 42 p.

PAILLER Y., GANDOIS H., TRESSET A. (dir.) avec les contributions de BAILON S., BOURGARIT D., BOURY L., CALLOU C., CARIOLET J.-M., CARRION Y., CHAMBON P., DARBOUX J.-R., DAVID L., DEBUE K., DONNART K., DREANO Y., FICHAUT B., GOSLIN J., GUERET C., GONIDEC J.-P., LE CLEZIO L., LE GALL B., MARCOUX N., MARGUERIE D., MAYER A., NICOLAS C., PINEAU A., SALANOVA L., SELLAMI F., STAUB A., STEPHAN P., SUANEZ S. TROALEN L. 2009. Programme Archéologique Molénais, rapport n° 14, Beg ar Loued : un habitat en pierres sèches campaniforme / Age du bronze ancien, fouille programmée triennale (île Molène ; Finistère), 3ème année – 2009. Opération n° 2007 – 212, Service régional de l’archéologie Bretagne, 2 vol.

PAILLER Y., GANDOIS H., TRESSET A. (dir.), avec AUDOUARD L., DONNART K., FICHAUT B., GOSLIN J., JAUD M., JOSSELIN J., LE CARLIER C., NICOLAS C., SALANOVA L., STEPHAN P., SUANEZ S. 2011. Programme archéologique molénais, rapport n° 15, Beg ar Loued : un habitat en pierres sèches Campaniforme / Age du bronze ancien, fouille programmée du site de Beg ar Loued (île Molène ; Finistère). Opération n° 2006 – 13, 2 vol., Service régional de l’archéologie Bretagne, 91p. et 110p.

SCARRE C. 2011. Landscapes of Neolithic Brittany. Oxford, University Press, 326 p.

SPARFEL Y., PAILLER Y. (dir.), avec les contributions de CHAIGNEAU C., CHAURIS L., FICHAUT B., GOULETQUER P., STEPHAN P., SUANEZ S., TANGUY B. 2009. Les mégalithes de l’arrondissement de Brest, inventaire et essai de synthèse, Saint-Malo, co-édition Ce.R.A.A. (Centre Régional d’Archéologie d’Alet) et Institut culturel de Bretagne, 290 p.