Le site de Lomer à Pénestin (Morbihan)

Par Elías López-Romero

Le site de Lomer présente les restes d’un monument mégalithique datant du Néolithique ainsi que ceux d’un atelier bouilleur de sel gaulois (second âge du Fer), situés sur les vestiges du tumulus de ce premier. Les restes conservés du dolmen, situés actuellement sur la falaise, sont extrêmement maigres, seules quelques pierres restent en place. Le site a fait l’objet d’un suivi photographique entre septembre 2013 et septembre 2014. Pendant cette période l’érosion des vestiges et de la falaise a subi d’importantes modifications.

Restes visibles du dolmen le 27/01/2008

Le peu qui reste du site est dans une situation extrêmement vulnérable. Les vestiges conservés s’érodent a un rythme très rapide, tombant en bas de falaise et étant par la suite transportés par l’action des marées. Le substrat rocheux est très friable, et s’érode à un rythme également soutenu. La comparaison des images du site entre 2008 et 2014 donne une idée des effets de l’érosion sur une période de 5 ans. Il serait encore possible de faire une opération de sauvetage pour mieux comprendre cette structure (dont la typologie n’est pas définie).

Restes visibles du dolmen le 09/09/2014 (photo projet eSCOPES, E. López-Romero).

Une analyse numérique de l’érosion du site sur le long terme a été commencé dans le cadre du projet eSCOPES (projet Marie Curie-IEF 328753, resp. E. López-Romero, Durham University). Nous nous servons des principes de la photogrammétrie numérique d’un objet proche (Close-Range Photogrammetry), qui permet d’obtenir un levé tridimensionnel et métrique en détail des éléments à enregistrer. Dans un second temps, une analyse comparée des différents modèles obtenus pour chaque site nous permet d’évaluer les altérations qu’il a subies au cours du temps.

Chemin littoral sur le site de Le Lomer (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero le 09/09/2014).

Parmi les logiciels qui permettent l’application de cette méthode nous avons utilisé Agisoft PhotoScan© qui consiste à appliquer la technique structure from motion (SfM), largement utilisée en archéologie et dans les études du patrimoine depuis quelques années maintenant. Dans la pratique, elle facilite énormément l’obtention de modèles 3D, puisqu’elle permet la restitution tridimensionnelle à partir d’images acquises depuis différents points de vue même en absence de paramètres de calibration de la caméra. En résulte une représentation avec des valeurs métriques tridimensionnelles qui peut être figurée de façon bidimensionnelle (ortho image) ou tridimensionnelle (modèle numérique tridimensionnel).


Pour plus d’informations :

LOPEZ-ROMERO E., MANANA-BORRAZAS P., DAIRE M.-Y., GUIMIL-FARINA A., 2014. « The eSCOPES Project: preservation by record and monitoring at-risk coastal archaeological sites on the European Atlantic façade ». Antiquity, 339.

L’allée couverte de l’île Coalen à Lanmodez (Côtes-d’Armor)

Par Elías López-Romero

L’allée couverte sur l’estran de l’île Coalen avait fait l’objet d’une reconnaissance par P.-R. Giot en 1971, qui parle brièvement du monument mégalithique dans les « Informations Archéologique » de Gallia Préhistoire (Giot 1971, p. 341). À cette époque, la seule mention de l’architecture du site est que le mégalithe avait perdu « ses tables », et dans le même temps, des tessons de poterie et des silex avaient été ramassés sur le vieux sol.

Jusqu’à aujourd’hui, le site n’a fait l’objet d’aucune étude approfondi des restes, la description la plus détaillée correspondant à l’inventaire des mégalithes de l’arrondissement de Lannion réalisé en 1991 par A. Marchat et M. Le Brozec. Ils donnent alors les mesures de l’ensemble (7,20 et 1,40 m) et le nombre de piliers conservés (3 à l’ouest et 6 à l’est ; Marchat et Le Brozec, 1991, p. 22). L’allée couverte de l’île de Coalen est constitué d’orthostates massifs, bien que plusieurs aient disparu tout comme la totalité des dalles de couverture du monument. Certains d’entre eux ont subi l’action des carriers, des traces d’extraction sont encore visibles.

Au premier plan (au centre et à droite) dalles exploitées pour l’extraction de pierre (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 07/09/2014).

Le site est situé sur l’estran et subit l’action des marées. À marée haute, il est submergé d’environ 1m de hauteur. Les dynamiques liées a ces régimes des marées entraînent des cycles de dépôt / érosion de sédiments. La plupart des épisodes de dépôt / érosion concerne des arènes et marnes fines, typiques de cet environnement d’estran. Mais on a également observé (lors des différentes visites que l’on a pu faire en 2013 et 2014) le dépôt / érosion de petits galets tout autour du monument. Ces dynamiques hydrologiques provoquent l’exposition du vieux sol associé au monument, pendant certaines périodes. Sont alors visibles petites quantités de céramique, silex et charbon ; ces restes archéologiques sont particulièrement nombreux dans la partie est et sud-est du monument, la plus affectée par les mouvements et les dynamiques des marées.

La vulnérabilité du site est à mettre en relation avec deux variables principales. Tout d’abord, l’érosion naturelle : sur l’île de Coalen, cette érosion concerne le rythme soutenu des dynamiques hydrologiques liées aux marées, mais aussi le rythme plus rapide en lien avec les épisodes climatiques extrêmes (ex.: pluies intenses). Ces derniers n’ont, par contre, un effet profond sur le site que lorsque celui-ci est exposé à marée basse. Ensuite, l’action anthropique autour des vestiges : la zone est fréquentée a marée basse par les habitants avoisinant l’île, ainsi que par les ramasseurs de coquillages a certaines périodes de l’année (grandes marées). L’action anthropique sur le site est principalement liée au piétinement autour des vestiges archéologiques. Elle est tout de même limitée, à la fois par l’inaccessibilité de l’île à marée haute que par sa faible fréquentation.

Fréquentation du site par les riverains (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 20/09/2013).

Une analyse numérique de l’érosion du site sur le long terme a été commencé dans le cadre du projet eSCOPES (projet Marie Curie-IEF 328753, resp. E. López-Romero, Durham University). Nous nous servons des principes de la photogrammétrie numérique d’un objet proche (Close-Range Photogrammetry), qui permet d’obtenir un levé tridimensionnel et métrique en détail des éléments à enregistrer. Dans un second temps, une analyse comparée des différents modèles obtenus pour chaque site nous permet d’évaluer les altérations qu’il a subies au cours du temps.

Parmi les logiciels qui permettent l’application de cette méthode nous avons utilisé Agisoft PhotoScan© qui consiste à appliquer la technique structure from motion (SfM), largement utilisée en archéologie et dans les études du patrimoine depuis quelques années maintenant. Dans la pratique, elle facilite énormément l’obtention de modèles 3D, puisqu’elle permet la restitution tridimensionnelle à partir d’images acquises depuis différents points de vue même en absence de paramètres de calibration de la caméra. En résulte une représentation avec des valeurs métriques tridimensionnelles qui peut être figurée de façon bidimensionnelle (ortho image) ou tridimensionnelle (modèle numérique tridimensionnel).


Pour plus d’informations :

LOPEZ-ROMERO E., MANANA-BORRAZAS P., DAIRE M.-Y., GUIMIL-FARINA A., 2014. « The eSCOPES Project: preservation by record and monitoring at-risk coastal archaeological sites on the European Atlantic façade ». Antiquity, 339.

Marchat A. et Le Brozec M. 1991. Les mégalithes de l’arrondissement de Lannion. Rennes, Institut culturel de Bretagne, Association des travaux du Laboratoire d’Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire, Quaternaire. Université de Rennes 1, 102 p.

Giot P.-R. 1971. « Lanmodez à Informations Archéologiques Circonscription de Bretagne », Gallia Préhistoire, 14-2, p. 341.

Suivi archéologique du site de Sterflant à Hoedic (Morbihan)

Par Marie-Yvane Daire

Le site archéologique de Sterflant, sur le littoral sud de l’île d’Hoedic (Morbihan), fait l’objet d’un suivi depuis 2010, dans le cadre du projet ALeRT (Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre), compte tenu de sa position très exposée et de sa dégradation régulière. Les principales opérations réalisées ont été une série de sondages et relevés sur les structures dégagées dans l’estran. La vulnérabilité de ce site face aux dégradations naturelles a conduit les chercheurs à engager une nouvelle opération de relevés, destinée à sauvegarder un certain nombre d’informations avant la disparition totale des vestiges visibles, en mai 2014 puis en novembre de cette même année.

Au cours de l’hiver 2010, un brutal épisode de dégradation du site a attiré l’attention de plusieurs personnes. En effet, lors de la tempête Xynthia des 27-28 février 2010, les dunes exposées au sud ont souffert et ont reculé de plusieurs mètres, délivrant des sols anciens, une zone à forte densité de coquillages avec quelques tessons de céramiques ; l’ensemble du dépôt archéologique apparut alors comme fortement menacé, par l’assaut de la mer lors des marées à fort coefficient mais aussi par le piétinement des promeneurs. Une opération de sondage s’ensuivit au mois de juillet 2010.

Le site de Serflant

Puis, à l’occasion d’une visite du site au printemps 2014, il fut possible d’évaluer les dégâts occasionnés par la nouvelle série de tempêtes de l’hiver 2013-2014 qui ont particulièrement affecté les sites exposés au sud-est. Le site de Sterflant nous est alors apparu sous un nouveau jour : alors que la zone des sondages de 2010 s’était plutôt rechargée en pierres et débris de toutes sortes, la face est de la pointe orientée vers la plage de Beudjeul et constituée d’importantes falaises dunaires avait subi un recul assez considérable laissant apparaître le gisement archéologique en plusieurs points, sur un linéaire côtier d’une centaine de mètres, de même que l’extrémité est de la plage de Port La Croix.

Une opération archéologique fut alors rapidement décidée pour le mois de novembre 2014. Ce nouvel épisode illustre une nouvelle fois la complexité des interventions archéologiques d’extrême urgence en contexte littoral. Outre une série de sondages en pied de falaise, un relevé au scanner 3D a été réalisé sur le site. En renouvelant régulièrement cette opération, il sera possible d’établir un suivi du recul de la dune à très haute résolution.

Relevé au scanner 3D du site de Sterflant par Yann Bernard (CNPAO) et Laurent Quesnel (UMR 6566 CReAAH).

Malgré leur caractère limité dans l’espace, dû notamment au statut du site, les recherches de terrain menées sur le site de Sterflant sont d’ores et déjà prometteuses. Elles démontrent en effet l’existence d’un site occupé pendant les dernières décennies de l’Indépendance gauloise, groupant activités artisanales et domestiques. Cette association entre un habitat et un atelier artisanal de production de sel d’origine marine répond à un schéma désormais reconnu comme « classique » des occupations littorales sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, entre autres sur le site de Port-Blanc, à Hoedic.


Pour en savoir plus :

DAIRE M.-Y., OLMOS P., LANGOUËT L., avec la collaboration de MONRÓS M., MOUGNE C., BERNARD Y., QUESNEL L., LARGE J.-M. et DUPONT C. 2015. « Sterflant, un site archéologique sous haute surveillance à Hoedic. Melvan », La Revue des Deux Îles, n°12, p. 187-198.


Note :

Le suivi archéologique régulier du site est dû à Pierre Buttin (Melvan) et Jean-Marc Large. Les opérations de relevé au scanner 3D ont été réalisées par Yann Bernard et Laurent Quesnel (CNPAO). Les opérations archéologiques, autorisées par le Ministère de la Culture (SRA Bretagne) et par le Conservatoire du Littoral, ont été coordonnées par Marie-Yvane Daire et Pau Olmos (CNRS, UMR 6566 CReAAH), avec la participation de Loïc Langouët, Txell Monros, Caroline Mougne et Emmanuelle Rogart.

Alerte à l’île du Bec, Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère)

Par Marie-Yvane Daire

Le site archéologique de l’île du Bec sur la commune de Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère), bien connu des archéologues de la région, fait l’objet d’un suivi irrégulier depuis de nombreuses années, et plus récemment dans le cadre du projet ALeRT, compte tenu de sa position très exposée et de sa dégradation régulière. Le site archéologique est caractérisé par des restes d’éléments de briquetages caractéristiques d’un atelier de bouilleurs de sel de la fin de l’âge du Fer.

Effondrement du bord de la dune en novembre 2015

La vulnérabilité de ce site face aux dégradations naturelles a conduit les chercheurs à engager une opération de « sondages » et relevés, destinée à sauvegarder un certain nombre d’informations avant la disparition totale des vestiges visibles, pendant l’année 2015. Les principales opérations réalisées ont été une série de relevés (manuel, au GPS différentiel et scanner 3D) ainsi qu’une prospection magnétique, notamment sur les structures dégagées en coupe de falaise dans l’estran et les structures associées localisées dans le bande intertidale (pêcheries).

Opération de relevé au scanner 3D par Yann Bernard (CNPAO) et Laurent Quesnel (UMR 6566, CReAAH)

Un suivi régulier est réalisé par Jean-Yves André et Hubert Arzel, l’opération est dirigée par Marie-Yvane Daire.


Pour aller plus loin :

Un article paru dans Le Télégramme le 10 avril 2016 « L’île du Bec. Un site hors du commun », réalisé par E. Gicquel.

L’Île de Sein (Finistère), le patrimoine dévoilé au gré des tempêtes…

Par Louis Dutouquet

Depuis octobre 2015, des observations bimensuelles par le bureau d’études HELP de la frange littorale de l’île de Sein ont permis de constater que :

– il y a d’importants mouvements de galets en haut d’estran sur certains secteurs de l’île,

– en phase de retrait des galets, des paléosols sont périodiquement découverts et révèlent souvent des vestiges archéologiques ou historiques : gisements lithique et céramique, amas coquilliers, alignement de pierres plantées, fours à goémon…

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Amas coquillier
Amas coquillier

Soumis à des conditions maritimes extrêmes, l’île de Sein est principalement protégée des assauts de la mer par les cordons de galets qui la ceinturent. Cependant, leur mouvement perpétuel endommage inévitablement les vestiges archéologiques qu’ils recouvrent. Pour préserver l’information archéologique avant qu’elle ne soit définitivement détruite, il est proposé de :

– procéder à l’enregistrement des structures et gisements révélés par l’érosion marine et d’évaluer leur degré de vulnérabilité (suivi ALeRT),

Localisation des sites archéologiques (LittoMatique)

– collecter, inventorier et identifier le matériel (lithique, osseux et céramique) récolté à la surface des paléosols,

– collaborer avec les géomorphologues pour mesurer l’ampleur des mouvements de galets et estimer leur impact sur les vestiges archéologiques sous-jacents.

Gisement lithique et céramique affleurant dans un paléosol
Amas coquillier
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Vestiges de monuments mégalithiques
Localisation des fours à goémons (LittoMatique), en lien avec le projet « Fours de goémoniers de Bretagne. Inventaire et valorisation d’un patrimoine côtier« 

Un sondage archéologique a été réalisé en 2017 sur un des amas coquillier, sous la direction de Louis Dutouquet. Retrouvez ici un résumé ainsi que le rapport de l’opération !

La plage du rocher à Longeville-sur-Mer (Vendée)

Par Jean-Marc Large

Le site protohistorique de la plage du Rocher, à Longeville-sur-Mer, se révèle depuis 1972 au hasard des vents et des courants marins qui balaient le sable de l’estran et dégagent sporadiquement des structures. L’ensemble connu à ce jour est attribuable à la fin de l’Âge du Bronze et au tout début de l’Âge du Fer. Toutefois, les périodes plus anciennes ne sont pas absentes puisque l’on connaît aussi des éléments du Néolithique ancien sur cette partie de la côte.

Situation des différents sites

Quatre structures reconnues ont été découvertes et observées :

  • un grand enclos quadrangulaire ;
  • une structure ovalaire allongée à l’ouest de l’enclos ;
  • une structure trapézoïdale en bois ;
  • une fosse avec incinération.

1 – Un enclos avec dépôt funéraire

Le grand enclos quadrangulaire fut observé au cours de l’hiver 1972/1973 alors qu’une bande de sol ancien située sous le sable dunaire avait été dégagée par l’érosion. Deux levées de terre perpendiculaires à la ligne de rivage, distantes d’environ 28 m, étaient visibles. Une autre levée de terre semblait former le troisième côté d’un enclos de forme trapézoïdale ou rectangulaire dont le quatrième côté avait été érodé par les flots. L’absence de ce côté ne permet pas de savoir s ‘il existait une entrée pour accéder à l’ intérieur de l’aire ainsi aménagée. Les levées de terre avaient été effectuées en prélevant le matériau sur le pourtour de l’enclos . La tranchée d’extraction n’excédait pas 0,50 m de profondeur. Au nord, les hommes avaient entamé le substrat rocheux pour permettre une meilleure mise en place de l’enclos. Dans l’angle sud-est subsistait un foyer avec divers morceaux de bois calcinés qui supportaient quatre poteries juxtaposées et écrasées sur place. Deux contenaient des restes carbonisés humains. Les deux autres des ossements animaux (fig. 3, n° 1 à 3). Un autre foyer ovalaire était rempli de petites pierres calcaires. Il a livré quelques tessons et des restes de faune. L’étude des vestiges osseux dans les céramiques a montré la présence des restes d’un enfant d’environ 10 ans et d’un adulte. Alors que l’usage funéraire de l’enclos est incontestable, la position totalement excentrée de cette découverte peut faire penser qu’il s’agissait d’une utilisation secondaire.

Longeville - Plage du RocherLongeville - Plage du Rocher2

2- Une fosse ovalaire

La seconde structure, située à environ 300 m à l’ouest de l’enclos quadrangulaire, était une fosse ovalaire très irrégulière longue de 2 m, large d’1 m et profonde de 0,35 m. Elle contenait deux vases, hauts de 60 centimètres, l’un écrasé sur place (fig. 3, n° 4), l’autre décapité.

3- Une structure en bois (fig. 3, n° 5)

La troisième structure fut découverte en février 1975 à environ 500 m à l’est de l’enclos. Il s’agissait du soubassemenl d’un édifice en bois qui s’était conservé dans le bri. La surface enclose, de forme trapézoïdale, mesurait 2,80 m de longueur pour 1,60 m et 2,20 m de large. Les parois avaient été élaborées avec des planches jointives, maintenues à la base par une poutre à l’intérieur et par des planches posées de chant à l’extérieur. Ces dernières étaient confortées par la présence de pierres, de tailles variables, disposées sur tout le périmètre de la construction. L’absence d’interruption, qui peut correspondre au soubassement de l’édifice, ne permet pas de savoir si un accès était aménagé. La faible dimension de cette construction et la présence à l’est d’une incinération laissent supposer une utilisation funéraire.

Longeville - Plage du Rocher en 1975

4- Une urne funéraire (fig. 3, n° 6)

En janvier 1984, à 3,50 m à l’est de la structure précédente, fut découverte une petite fosse circulaire contenant une incinération. La fosse avait été creusée dans le bri et dans le calcaire sous-jacent L’urne déposée à l’intérieur contenait des ossements et des charbons de bois issus du nettoyage du foyer funéraire. La fermeture de l’urne devait être effectuée avec une pierre plate, mode de couverture d’ un des vases précédemment découverts. Le contenu, étudié par Jean-Paul Cros, montre que tous les os, à l’exception de deux fragments, appartenaient à un jeune adulte.

Longeville - Plage du Rocher 3

5- Après la tempête Xynthia (nuit du 27 au 28 février 2010), le recul important de la dune sur cette section de côte a permis d’observer une bande d’une dizaine de mètres de large qui laissait apparaître différents vestiges. En premier lieu, une série linéaire de 24 poteaux témoignent de l’installation d’une palissade de ganivelles en bois, sans doute en rapport avec la limite dunaire que l’on observait dans les années 1970. Dans le prolongement ouest de cette ligne de poteaux, plantés dans un vieux sol périglaciaire limono-sableux, une levée de terre matérialise la limite sud de l’enclos observé en 1972-1973. La levée a une longueur d’environ 30 m, terminée à l’ouest par une dépression envahie par le sable et pouvant matérialiser l’emplacement de la fouille 1973. De l’autre côté de cet emplacement, il semble que la levée prenne une direction orthogonale vers le nord, glissant sous la dune. Sur son côté est, cette levée fait manifestement un retour vers le nord, là encore disparaissant sous la dune. Au sommet de la levée, dans son tiers est, les restes d’une céramique, une jatte, a pu être dégagée. Les tessons ont été retirés en raison de leur vulnérabilité aux flots mais aussi aux engins mécaniques qui viennent pour reconsolider la dune.

6– À ceci, s’ajoute la découverte d’objets isolés dont une lame de hache en bronze à ailerons subterminaux, découverte par un prospecteur avec un détecteur de métaux.

Longeville - Plage du Rocher4

7– Lors d’une prospection récente, un grand placage d’argile fluvio-marine surmonté des restes épars de vestiges tourbeux était bien visible lors de la disparition du sable de la plage dans la partie est du site. Un fragment de bois a pu être daté au radiocarbone et a livré la date de 2326 ±40 soit l’intervalle 540-230 cal BC. Les installations humaines du premier Âge du fer étaient disposées en bordure d’un marais maritime sans doute protégé par un cordon dunaire.

Longeville - Plage du Rocher Est

Roc’h Louet (Côtes-d’Armor)

Par Pau Olmos-Benlloch et Catherine Dupont

L’îlot de Roc’h Louët se situe dans l’archipel d’Ollone, tout au bout du Sillon de Talbert (Pleubian ; Côtes-d’Armor). La présence de vestiges archéologiques avait été repérée par L. Dutouquet dans le cadre de ses recherches de terrain réalisées avec P. Hamon pour la confection de l’Atlas du Patrimoine Micro-insulaire Breton. Dans la partie nord de l’île un ensemble d’ossements humains datant du Moyen Âge (13ème 14ème siècle) avait été identifié plus ou moins en relation avec un amas coquillier. En 2015 un prélèvement dans l’amas coquillier et un redressement partiel de la coupe ont été réalisés, afin d’identifier la relation stratigraphique entre les ossement et l’amas. Le site a fait l’objet d’une autorisation de prélèvement de la part du DRASSM, l’étude archéomalacologique de ce prélèvement est en cours sous la direction de Catherine Dupont et Caroline Mougne (UMR 6566 CReAAH).

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À partir de cette étude, on constate que la tombe médiévale a été creusée dans le dépôt coquillier, ce qui a permis de conserver les ossements en bon état. Le redressement de la coupe montre que le squelette fut placé dans un fossé creusé dans l’amas et il est pourtant postérieur à la création du dépôt coquillier, daté par la présence de charbon du bois du 4ème – 2ème siècle avant notre ère. L’occupation protohistorique pourrait se situer plus à l’intérieur de l’île, mais aucune trace d’occupation n’est visible actuellement sur l’île. Ce constat peut être lié à l’important couvert végétal présent sur cette île. L’amas coquillier a été fortement endommagé par l’érosion côtière et risque de disparaître dans les prochaines années. En 2016 le site fera l’objet d’une suivi spécifique en collaboration avec Julien Houron, garde du littoral de la Réserve du Sillon de Talbert. 


Pour plus de renseignements :

Veuillez contacter la Maison du Littoral

Dutouquet L., Daire M.-Y. 2010. « Patrimoine naturel et culturel sur le littoral et dans les îles de Bretagne ». Bulletin de l’AMARAI (Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Îles), n°23, p. 9-12.

Le site a fait l’objet d’une présentation dans Des Racines et des Ailes, à partir de la 24ème minute, émission diffusée le 30 mai 2012, visible ici !

L’îlot Roc’h Santec (Finistère)

Par Pau Olmos-Benlloch

L’îlot de Roc’h Santec fait partie de l’ensemble d’îles et îlots du littoral de Santec (Finistère) et il est situé à 1,5 km de la côte. La difficulté d’accès fait que le site n’a pas souffert d’une importante pression anthropique et les vestiges présentent un bon état de conservation ; mais dans le même temps, cette contrainte gêne l’accès et le suivi de l’érosion régulière des restes archéologiques causée par les différents épisodes de tempêtes hivernales.

 Roc'h Santec

Au cours des différents passages sur le site, effectués avec la participation des archéologues amateurs (D. Roué, qui a découvert le site) en 2014 et en janvier 2015, deux zones prioritaires ont retenu notre attention : d’une part, l’occupation du Paléolithique Supérieur (azilien) ou du Mésolithique initial qui devait se situer dans l’abri formé par le rocher central et qui présentait une forte dégrée d’érosion ; et d’autre part, une occupation datant de l’époque gauloise (à préciser) et qui se situait sur la plateforme principale de l’îlot et caractérisée par la présence des alignements de murs d’un probable habitat littoral.

Étant alors un site archéologique encore inédit avec un fort potentiel archéologique, l’objectif de la campagne de 2015 fut la réalisation de différents sondages diagnostiques, afin de caractériser, circonscrire et dater les vestiges, en complétant les travaux de prospection menés par des archéologues amateurs. Cette intervention a mise en évidence la richesse et le potentiel archéologique du site de Roc’h Santec, mais aussi le bon état de conservation des niveaux d’occupation mésolithiques et gaulois. L’occupation la plus ancienne date du Paléolithique moyen (80 000 – 40 000 BC), grâce à la présence de traces de débitage Levallois dans les niveaux de sable éolienne déposés directement sur le socle granitique. Mais en tout cas, comme on avait pu identifier lors des opérations de prospection, l’occupation principale de l’île date du Mésolithique (groupe de Berthaume) et de l’âge du Fer.


Pour plus d’informations :

– À lire « Fouilles mystérieuses », dans le n°88 de Bretagne magazine de mars-avril 2016
– À visionner ici le reportage « Le Paléolithique mangé par la mer » de Sciences Ouest de mai 2015
– À visionner ici (à partir de 4’46) le reportage du Grand BaZH.art (France 3 Bretagne) du 24 avril 2017 sur la fouille de 2016.