Le site de Fouly, à Réville (Manche)

Par Henri Gandois

En juin 2016, une opération de sondage archéologique d’une durée de deux semaines (Gandois et al., 2016) a eu lieu sur l’estran dans l’anse de Fouly, le long de la commune de Réville, dans la pointe nord-est du Cotentin, Manche (fig. 1). Le potentiel archéologique de la zone était connu depuis au moins les années 50, mais à part une opération d’envergure sur un cimetière mérovingien à la pointe de la Loge (Scuvée, 1973), il n’avait donné lieu qu’à de petites opérations ponctuelles et à de nombreux ramassages de surface. Mise à part une occupation romaine avérée au sud de la pointe de Dranguet, les structures et le mobilier mis au jour alors laissaient places à des interprétations et surtout des attributions chronologiques assez variables allant d’un « Chalcolithique de type atlantique » (Scuvée, 1969, p. 279) à des « tombes vikings » (Boüard, 1964, p. 263 ; Scuvée et Verague, 1986, p. 187).

Fig. 1 – Localisation de la fouille dans l’anse de Fouly (source : Géoportail IGN).

Un récent désensablement de l’anse au début des années 2010 a permis de constater que de nombreuses structures en creux ainsi qu’un abondant mobilier archéologique étaient encore présents. Parmi les structures aperçues, certaines abritaient des éléments ligneux qui semblaient en très bon état de conservation, cependant leur exposition biquotidienne au rythme des marées les dégradait rapidement et il a donc été décidé de déposer une demande de sondage.

Lors de cette campagne, les moyens mécaniques ayant été interdits, seules quatre fenêtres de sondage ont été ouvertes pour une surface totale d’à peine plus de 120m2. En effet la situation du site à environ 4m au-dessus du zéro SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine) impliquait qu’il était recouvert à chaque marée, même en période de mortes-eaux. L’absence de moyen mécanique empêchait toute tentative de protection sérieuse et il fallait donc se résoudre à voir les fenêtres de sondage recouvertes et ré-ensablées deux fois par jour. Au final ce sont cinq structures, trois fosses, un fossé et un puits qui ont été mises au jour, fouillées et datées. Les trois fosses sont attribuées au Bronze ancien (fig. 2), malheureusement elles avaient été vidées par les marées et n’ont donc livré aucun mobilier, si ce n’est des éléments intrusifs de la Seconde Guerre Mondiale. Les deux autres structures, fossé et puits sont elles datées du premier âge du Fer, le puits est particulièrement intéressant en raison de la parfaite conservation de ses éléments en bois (fig. 3), plusieurs ont pu être prélevé dont une échelle ; l’ensemble est encore en cours d’étude.

Fig. 2 – Relevés en plan et ortho-photographie reconstituée à partir d’un modèle photogrammétrique 3D des trois fosses du Bronze ancien (relevé A. Cantin et L. Gantier, DAO C. Farnié-Lobensteiner ; clichés H. Gandois)

La campagne de fouille 2016, malgré des moyens uniquement manuels forcément limités, a néanmoins permis de confirmer tout le potentiel archéologique de la zone, et même au-delà car d’autres structures avec des éléments ligneux nous ont été signalées à presque 1 500m au nord de l’anse de Fouly. L’étude géomorphologique a aussi permis de constater qu’au moins deux niveaux de sol sont conservés, l’un correspondant à une occupation attribuable au Bronze ancien ; l’autre, plus récent, reste à dater précisément. Cependant ces niveaux disparaissent rapidement, totalement arasés par la mer dès que l’on descend vers le bas de l’estran. Les structures en bois sont parfaitement bien conservées permettant d’être raisonnablement optimiste pour espérer en retrouver de nouvelles lors de fouilles futures. Enfin la présence importante de structures de l’âge du Fer (nombre d’entre elles pourraient être liées à une production de sel) ne laisse pas d’étonner étant donné que quasiment aucun mobilier de cette période n’avait été mentionné lors des opérations et ramassages précédents. Une opération de prospection à l’aide d’un magnétomètre couplé à un DGPS va être tentée en 2017 afin de tenter de repérer et de cartographier toutes les structures, mais également si possible d’identifier celles contenant encore des éléments ligneux.

Fig. 3 – En haut : relevé en plan de la fenêtre III après premier décapage du sable ; en bas : ortho-photographie reconstituée à partir d’un modèle photogrammétrique 3D du puits du premier âge du Fer de la fenêtre III (relevé : C. Odet-Kerhir et L. Dutouquet, DAO C. Farnié-Lobensteiner ; clichés H. Gandois)

Bibliographie :

BOUARD De M. 1964. Sépultures énigmatiques à Réville (Manche), Annales de Normandie, vol. 14 (2), p. 258-263.

GANDOIS H., MARCIGNY C. (dir.), avec les contributions de BERNARD V., DRÉANO Y., FARNIE-LOBENSTEINER C., LAFORGE M., ROUSSEAU L., et la collaboration de BILLARD C. et QUESNEL L. 2016. Rapport final d’opération de sondages, anse de Fouly, Réville, Cotentin (Manche), opération n°OA-2885, DRASSM, 119 p.

SCUVÉE F. 1969. Contribution à l’étude des niveaux de tourbe submergés des plages du Cotentin, Revue de la Manche, t. 42, p. 273-281.

SCUVÉE F. 1973. Le cimetière barbare de Réville (Manche), VIème – VIIème siècles, Fouilles 1959 – 1966, Caen, 250 p.

SCUVÉE F., VERAGUE J. 1986. Étude Géomorphologique des Formations Meubles Quaternaires de la Côte du Val-de-Saire (Basse Normandie). In P. Johnston, The Archaeology of the Channel Islands,  Chichester, Phillimore, p. 170-206.

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