L’allée couverte de l’île Coalen à Lanmodez (Côtes-d’Armor)

Par Elías López-Romero

L’allée couverte sur l’estran de l’île Coalen avait fait l’objet d’une reconnaissance par P.-R. Giot en 1971, qui parle brièvement du monument mégalithique dans les « Informations Archéologique » de Gallia Préhistoire (Giot 1971, p. 341). À cette époque, la seule mention de l’architecture du site est que le mégalithe avait perdu « ses tables », et dans le même temps, des tessons de poterie et des silex avaient été ramassés sur le vieux sol.

Jusqu’à aujourd’hui, le site n’a fait l’objet d’aucune étude approfondi des restes, la description la plus détaillée correspondant à l’inventaire des mégalithes de l’arrondissement de Lannion réalisé en 1991 par A. Marchat et M. Le Brozec. Ils donnent alors les mesures de l’ensemble (7,20 et 1,40 m) et le nombre de piliers conservés (3 à l’ouest et 6 à l’est ; Marchat et Le Brozec, 1991, p. 22). L’allée couverte de l’île de Coalen est constitué d’orthostates massifs, bien que plusieurs aient disparu tout comme la totalité des dalles de couverture du monument. Certains d’entre eux ont subi l’action des carriers, des traces d’extraction sont encore visibles.

Au premier plan (au centre et à droite) dalles exploitées pour l’extraction de pierre (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 07/09/2014).

Le site est situé sur l’estran et subit l’action des marées. À marée haute, il est submergé d’environ 1m de hauteur. Les dynamiques liées a ces régimes des marées entraînent des cycles de dépôt / érosion de sédiments. La plupart des épisodes de dépôt / érosion concerne des arènes et marnes fines, typiques de cet environnement d’estran. Mais on a également observé (lors des différentes visites que l’on a pu faire en 2013 et 2014) le dépôt / érosion de petits galets tout autour du monument. Ces dynamiques hydrologiques provoquent l’exposition du vieux sol associé au monument, pendant certaines périodes. Sont alors visibles petites quantités de céramique, silex et charbon ; ces restes archéologiques sont particulièrement nombreux dans la partie est et sud-est du monument, la plus affectée par les mouvements et les dynamiques des marées.

La vulnérabilité du site est à mettre en relation avec deux variables principales. Tout d’abord, l’érosion naturelle : sur l’île de Coalen, cette érosion concerne le rythme soutenu des dynamiques hydrologiques liées aux marées, mais aussi le rythme plus rapide en lien avec les épisodes climatiques extrêmes (ex.: pluies intenses). Ces derniers n’ont, par contre, un effet profond sur le site que lorsque celui-ci est exposé à marée basse. Ensuite, l’action anthropique autour des vestiges : la zone est fréquentée a marée basse par les habitants avoisinant l’île, ainsi que par les ramasseurs de coquillages a certaines périodes de l’année (grandes marées). L’action anthropique sur le site est principalement liée au piétinement autour des vestiges archéologiques. Elle est tout de même limitée, à la fois par l’inaccessibilité de l’île à marée haute que par sa faible fréquentation.

Fréquentation du site par les riverains (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 20/09/2013).

Une analyse numérique de l’érosion du site sur le long terme a été commencé dans le cadre du projet eSCOPES (projet Marie Curie-IEF 328753, resp. E. López-Romero, Durham University). Nous nous servons des principes de la photogrammétrie numérique d’un objet proche (Close-Range Photogrammetry), qui permet d’obtenir un levé tridimensionnel et métrique en détail des éléments à enregistrer. Dans un second temps, une analyse comparée des différents modèles obtenus pour chaque site nous permet d’évaluer les altérations qu’il a subies au cours du temps.

Parmi les logiciels qui permettent l’application de cette méthode nous avons utilisé Agisoft PhotoScan© qui consiste à appliquer la technique structure from motion (SfM), largement utilisée en archéologie et dans les études du patrimoine depuis quelques années maintenant. Dans la pratique, elle facilite énormément l’obtention de modèles 3D, puisqu’elle permet la restitution tridimensionnelle à partir d’images acquises depuis différents points de vue même en absence de paramètres de calibration de la caméra. En résulte une représentation avec des valeurs métriques tridimensionnelles qui peut être figurée de façon bidimensionnelle (ortho image) ou tridimensionnelle (modèle numérique tridimensionnel).


Pour plus d’informations :

LOPEZ-ROMERO E., MANANA-BORRAZAS P., DAIRE M.-Y., GUIMIL-FARINA A., 2014. « The eSCOPES Project: preservation by record and monitoring at-risk coastal archaeological sites on the European Atlantic façade ». Antiquity, 339.

Marchat A. et Le Brozec M. 1991. Les mégalithes de l’arrondissement de Lannion. Rennes, Institut culturel de Bretagne, Association des travaux du Laboratoire d’Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire, Quaternaire. Université de Rennes 1, 102 p.

Giot P.-R. 1971. « Lanmodez à Informations Archéologiques Circonscription de Bretagne », Gallia Préhistoire, 14-2, p. 341.

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Roc’h Louet (Côtes-d’Armor)

Par Pau Olmos-Benlloch et Catherine Dupont

L’îlot de Roc’h Louët se situe dans l’archipel d’Ollone, tout au bout du Sillon de Talbert (Pleubian ; Côtes-d’Armor). La présence de vestiges archéologiques avait été repérée par L. Dutouquet dans le cadre de ses recherches de terrain réalisées avec P. Hamon pour la confection de l’Atlas du Patrimoine Micro-insulaire Breton. Dans la partie nord de l’île un ensemble d’ossements humains datant du Moyen Âge (13ème 14ème siècle) avait été identifié plus ou moins en relation avec un amas coquillier. En 2015 un prélèvement dans l’amas coquillier et un redressement partiel de la coupe ont été réalisés, afin d’identifier la relation stratigraphique entre les ossement et l’amas. Le site a fait l’objet d’une autorisation de prélèvement de la part du DRASSM, l’étude archéomalacologique de ce prélèvement est en cours sous la direction de Catherine Dupont et Caroline Mougne (UMR 6566 CReAAH).

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À partir de cette étude, on constate que la tombe médiévale a été creusée dans le dépôt coquillier, ce qui a permis de conserver les ossements en bon état. Le redressement de la coupe montre que le squelette fut placé dans un fossé creusé dans l’amas et il est pourtant postérieur à la création du dépôt coquillier, daté par la présence de charbon du bois du 4ème – 2ème siècle avant notre ère. L’occupation protohistorique pourrait se situer plus à l’intérieur de l’île, mais aucune trace d’occupation n’est visible actuellement sur l’île. Ce constat peut être lié à l’important couvert végétal présent sur cette île. L’amas coquillier a été fortement endommagé par l’érosion côtière et risque de disparaître dans les prochaines années. En 2016 le site fera l’objet d’une suivi spécifique en collaboration avec Julien Houron, garde du littoral de la Réserve du Sillon de Talbert. 


Pour plus de renseignements :

Veuillez contacter la Maison du Littoral

Dutouquet L., Daire M.-Y. 2010. « Patrimoine naturel et culturel sur le littoral et dans les îles de Bretagne ». Bulletin de l’AMARAI (Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Îles), n°23, p. 9-12.

Le site a fait l’objet d’une présentation dans Des Racines et des Ailes, à partir de la 24ème minute, émission diffusée le 30 mai 2012, visible ici !