La pointe de Grosse Terre, Corniche vendéenne à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée)

Par Lolita Rousseau et Henri Gandois

Présentation du site

Le site de la pointe de la Grosse Terre se situe en bordure de falaise, à l’extrémité sud de la « Corniche Vendéenne », sur la commune de Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée (Fig. 1).

Fig. 1 – Localisation du site (d’après les cartes IGN et Géoportail ; D.A.O. L. Rousseau)

Il a été mis en évidence par E. Bocquier avec la découverte d’un tesson décoré au peigne en 1917 et d’un tesson à cordon préoral en 1929 (Joussaume 1981, p. 454). À cet endroit, une scie à encoches avait été mise au jour quelques années auparavant par M. Baudouin (Baudouin 1914). Dans les années 1950, C. Burnez signale la découverte d’un tesson décoré non loin à Sion (Burnez 1956). Par la suite, plusieurs prospections de surface ont livré d’autres vestiges campaniformes (lithiques et céramiques principalement), à l’image de celles effectuées par P. Péridy en 1972 (Péridy 1972 ; 1975) ou de N. Rouzeau en 1978 (Rouzeau 1978).

Enfin, une série de trois sondages de très petites dimensions a été menée par D. Longuet en 1981, afin de répondre à l’érosion très intensive du site et suite à l’apparition d’un foyer en bordure de falaise (Fig. 2). Un premier sondage de 6 m² a été réalisé au niveau des parcelles n°414 et n°417 (ex n°1359 et n°4936 selon le cadastre avant rénovation), puis deux autres (4 m² et 0,5 m²), plus au sud, effectués dans le but d’observer l’extension de l’occupation (Longuet et al. 1985).

Fig. 2 – Emprise de la fouille du site (d’après Longuet 1981 ; D.A.O. L. Rousseau)

Cette intervention a permis d’observer un niveau archéologique interstratifié dans la dune et qui a livré du mobilier campaniforme, bien que le foyer ne soit finalement pas associé à l’occupation (Longuet 1981 ; Longuet et al. 1985).

Présentation de la stratigraphie

Les diverses observations, faites sur le terrain lors des premières interventions et encore confirmées récemment par une visite in situ, permettent de proposer la séquence suivante (Fig. 3) :

  • le niveau dunaire actuel ;
  • une couche de sable orangé associée à un foyer et un épandage de pierre. Le tout n’a pu être daté ;
  • de nouveau un niveau de dune ;
  • le niveau archéologique campaniforme, d’une puissance d’une trentaine de centimètres, constitué d’un sable orangé induré ;
  • un autre niveau dunaire d’une épaisseur de 1 m ;
  • des argiles détritiques ;
  • et enfin le socle géologique composé de micaschistes.
Fig. 3 – Cliché et coupe schématique de la falaise à l’emplacement du site (cl. : H. Gandois et schéma d’après Longuet 1981)

Par ailleurs, la présence de certaines zones perturbées par l’établissement d’un blockhaus durant la Seconde Guerre mondiale doit être signalée (Longuet et al. 1985).

Des études géomorphologiques et sédimentologiques précises, sur des niveaux qui ont recelé des occupations campaniformes en stratification interdunaire, seraient à élaborer. En effet, aucun site côtier, à l’heure actuelle, n’a fait l’objet de telles études, alors que l’état de sédimentation sur le littoral est complexe et mériterait un regard précis.

Nature et chronologie du site

Toutes interventions confondues (prospections de surface et fouilles de sauvetage), le site a fourni une quantité très importante de mobilier archéologique, en effet, le nombre de tessons s’élève à près de 250 et le mobilier lithique à plus de 1100 pièces.

Le mobilier céramique issu de la fouille (Fig. 4) se compose de 130 tessons campaniformes assez fragmentés, dont des gobelets décorés (incisions, décors au peigne) et de la céramique commune (jarres à languettes, vases à cordons préoraux ; Longuet 1981). Lors de prospections réalisées par P. Péridy, quelques tessons ramassés semblent se rapprocher de l’Artenac (Néolithique final pré-Campaniforme ; Péridy 1975). En outre, la présence d’un vase à cordon arciforme renvoie, quant à lui, à l’âge du Bronze ancien.

Fig. 4 – Mobilier céramique issu des sondages de 1981 (d’après Longuet et al. 1985)

Le mobilier lithique issu de l’opération de sauvetage comprend 190 artefacts (Fig. 5). Il s’agit essentiellement d’éléments de débitage produits à partir de petits galets côtiers de silex, par percussion posée sur enclume. La fouille a livré dix-huit outils, dont huit grattoirs, deux éclats tronqués, une encoche retouchée, un perçoir, un éclat denticulé, un couteau à dos retouché, une armature de flèche à pédoncule et ailerons équarris, une probable ébauche d’armature perçante et une armature de flèche à tranchant transversal (malheureusement non découverte en place ; Longuet 1981). Lors des prospections de surface, un nombre très important d’éléments de débitage a été prélevé, ainsi qu’une armature tranchante, trois grattoirs, six éclats tronqués, un perçoir, un burin, deux racloirs, quinze éclats microesquillés, cinq éclats retouchés, soit 34 outils supplémentaires (Rouzeau 1978).

Fig. 5 – Mobilier lithique issu des sondages de 1981 (d’après Longuet 1981)

Ainsi la très grande majorité du mobilier diagnostique mis au jour lors des diverses opérations renvoie sans hésitation à la période campaniforme. En revanche, en l’absence de structures attribuables à cette période, les diverses interventions n’ont pas permis pour le moment de caractériser précisément le site.

Problématiques scientifiques

Une demande d’opération archéologique a été déposée auprès du SRA (Service régional de l’archéologie) des Pays de la Loire afin de réaliser une série de sondages à la pointe de la Grosse Terre, dans la parcelle BR-420 (Fig. 1). La problématique de la recherche s’articule autour de deux axes principaux avec un troisième en filigrane.

Il s’agit tout d’abord de sauvegarder un site victime de l’érosion, mais également des eaux de ruissellement qui « lessivent » régulièrement sa surface. Ces deux facteurs combinés ont pour conséquence de mettre à nu par endroits les couches archéologiques qui se trouvent ainsi fragilisées. Un rapide passage sur place en septembre 2015 a permis de constater que du mobilier archéologique protohistorique était directement visible sous le sable (Fig. 6). En moins de cinq minutes, ce sont pas moins de sept tessons (dont deux éléments de forme) et 25 pièces lithiques qui ont été rassemblés sur moins de 2 mètres carrés, confirmant ainsi tout le potentiel du site.

Fig. 6 – Vue in situ du mobilier archéologique (dans les cercles rouges) abondant à la pointe de la Grosse Terre en septembre 2015 (cl. H. Gandois)

Le deuxième intérêt majeur de cette demande concerne la caractérisation même du site et de son statut. En effet, il se voit classiquement attribuer le qualificatif d’habitat, au même titre que les nombreuses occupations campaniformes réparties le long le littoral vendéen (Joussaume 1981 ; Poissonnier 1990). Hormis des quantités parfois importantes de mobilier lithique et céramique, aucun élément structurant ne leur est généralement associé. Ce constat est probablement lié en partie au mode d’intervention effectué sur ces sites, qui se limite le plus souvent à un suivi de type prospection pédestre. Mais en revanche les fouilles effectuées sur le site littoral de la Passe de l’Écuissière à Dolus-d’Oléron ont déjà permis de mettre en évidence quelques éléments de structuration de l’habitat : muret en pierres sèches, palissade, trou de calage de poteau, etc. (Bougeant 2009). Il serait donc intéressant de voir si ces types d’éléments peuvent être identifiés sur le site de la Grosse Terre en haut de la corniche vendéenne, afin d’établir si ce site correspond à un site d’habitat structuré ou bien à un site lié quasi exclusivement à des activités spécialisées, par exemple des activités métallurgiques, cynégétiques/halieutiques côtières, ou encore de débitage. Cette intervention, combinée aux quelques informations que l’on possède déjà, permettra ainsi sans doute de préciser la forme que peut revêtir ce type de gisement.

Un dernier élément, plus ténu, motive également cette demande de sondage : la possibilité de découvrir d’éventuelles structures et/ou artefacts liés à la métallurgie du cuivre. Les traces de telles activités en contexte campaniforme en France sont extrêmement rares, voire totalement exceptionnelles, surtout si on les compare aux artefacts métalliques attribuables de façon certaine (poignards à languette, pointes de Palmela…) ou très probable (certaines haches plates) à cette culture. Néanmoins des fouilles récentes menées non loin de la Grosse Terre, dans l’anse de la République à Talmont-Saint-Hilaire ont permis de confirmer l’existence d’une métallurgie campaniforme en Vendée (Gandois et Rousseau 2015). Des fouilles minutieuses peuvent donc amener de nouveaux éléments, même infimes, sur cette problématique des débuts de la métallurgie sur la façade atlantique de la France. Si de tels éléments pouvaient être mis au jour à la pointe de la Grosse Terre, cela ferait du site un jalon incontournable pour les débuts de la métallurgie dans l’Ouest.


Pour aller plus d’informations :

BAUDOUIN M. 1914. « Nouvelles remarques sur la Pétrographie de la Station sous-marine de Saint-Gilles sur Vie (Vendée) », Bulletin de la Société préhistorique française, 11-8, p. 391-400.

BOUGEANT P. 2009. « L’habitat campaniforme de la plage de l’Écuissière à Dolus-d’Oléron (Charente-Maritime) ». In : Laporte L. (dir), Des premiers paysans aux premiers métallurgistes sur la façade atlantique de la France (3500-2000 av. J.-C.). Chauvigny, Association des Publications chauvinoises, p. 163-166.

BURNEZ C. 1956. « Nouveaux témoins de la civilisation des caliciformes dans les pays de l’Ouest ». Bulletin de la Société préhistorique française, 53 1-2, p. 48-50.

GANDOIS H., ROUSSEAU L. (dir.), avec les contributions de CUENCA SOLANA D., DUPONT C., FAVREL Q., GARNIER N., LAFORGE M., LE CARLIER DE VESLUD C., MAISONNEUVE T., RAFFIN A., VIGNEAU T. 2015. Rapport Final d’Opérations de sondages – L’anse de la République à Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), Opération n° 2014-51. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 133 p.

JOUSSAUME R. 1981. Le Néolithique de l’Aunis et du Poitou occidental dans son cadre atlantique. Rennes, Université de Rennes I, Travaux du laboratoire d’Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire et Quaternaire armoricain, 625 p.

LONGUET D. 1981. Pointe de Grosse Terre, Saint-Hilaire-de-Riez, rapport de sauvetage. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire [n.p.].

LONGUET D., PÉRIDY P., ROUZEAU N. 1985. « Le site campaniforme de la Pointe de Grosse Terre, commune de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée) », Études Préhistoriques et Protohistoriques, Pays de Loire, 8, p. 31-42.

PÉRIDY P. 1972. Rapport de prospections de surface sur la commune de St-Hilaire-de-Riez, Vendée. Lieu-dit : Pointe de la Grosse Terre, Corniche Vendéenne. Nantes, Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 4 p.

PÉRIDY P. 1975. « Céramiques décorées de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée) ». Annuaire de la Société d’Émulation de la Vendée, p. 106-107.

POISSONNIER B. 1990. « Le Chalcolithique ». In : Vital C., 150 années de découvertes archéologiques en Vendée – La Mort et le Sacré. Thonon-les-Bains, L’Albaron, p. 73-91.

ROUZEAU N. 1978. Le site de la Pointe de Grosse-Terre, Saint-Hilaire de Riez (85), rapport de prospection. Direction régionale des affaires culturelles et Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 3 p.

Le dépôt coquillier de Ker Châlon, Île d’Yeu (Vendée)

Par Annabelle Chauviteau

La plage de Ker Châlon
Fig1
Fig. 1 – La plage de Ker Châlon, Île d’Yeu (Géoportail)

La plage de Ker Châlon se situe sur la côte nord de l’Île d’Yeu (Vendée, fig. 1), à l’est de Port Joinville et face au littoral vendéen. Cette plage a connu durant l’hiver 2013-2014 un retrait de son sable du fait d’une succession de fortes tempêtes (Chauviteau 2014). Ce retrait, qui a duré quelques semaines, a rendu apparent un paléosol organique (fig. 2) dans lequel était fiché du mobilier (vestiges lithiques, bris de céramique, os brisés, charbons, fig. 3a et3b). Des creusements anthropiques quadrangulaires et circulaires étaient visibles dans ce paléosol, vestiges non datés à ce jour (fig. 4a et 4b).

Fig2
Fig. 2 – Paléosol organique de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014
Fig3
Fig. 3a – Mobilier de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014
fig4
Fig. 3b – Mobilier de la plage de Ker Châlon, hiver 2013-2014

Ce site se trouve en contexte organique lié à un paléo-estuaire ou un paléo-marais. Il a été étudié par Yann Le Jeune (Service Régional de l’archéologie) et Thomas Vigneau (Conseil Départemental de la Vendée) qui ont réalisé divers travaux en 2014 et notamment des sondages à la tarière (modèle stratigraphique, extension du paléosol, comparaison avec le Lidar Litto3D, etc.). Le rapport d’intervention et les rendus sont en cours.

Fig5a
Fig. 4a – Creusements quadrangulaires et circulaires, plage de Ker Châlon
Fig5b
Fig. 4b – Creusements quadrangulaires et circulaires, plage de Ker Châlon
Le dépôt coquillier
Fig5c
Fig. 5. Emplacement du dépôt coquillier et de la zone avec paléosol organique, plage de Ker Châlon (Géoportail)

Plus à l’est (fig. 5), l’érosion marine a fortement perturbé le trait côtier entraînant un important recul de la dune qui s’accélère notablement depuis 2013 (fig. 6, 7 et 8). La coupe dunaire de plus de 4 m de hauteur montre ici différents horizons archéologiques (fig. 9).

Fig6
Fig. 6 – Dépôt coquillier, 14 novembre 2013
Fig7
Fig. 7 – Dépôt coquillier, 11 février 2014
Fig8
Fig. 8 – Etat de la dune le 10 mars 2016

Un niveau organique de couleur brunâtre s’intercale entre le platier rocheux et la dune sus-jacente. D’une épaisseur variant de 15 à 35 cm, il se caractérise par un corps sédimentaire de texture sablo-argileuse très induré comportant une forte proportion de graviers. Il est possible de visualiser ce paléosol sur presque l’ensemble de la frange côtière nord de l’île.

Fig9
Fig. 9 – Coupe de la dune de Ker Châlon (cl. Y. Le Jeune)

C’est dans cet horizon que se trouvait un dépôt coquiller d’environ 90 cm de largeur (fig .10) constitué en majeure partie de patelles (Patella vulgata), de moules (Mytilus sp.), de bigorneaux (Littorina littorea), d’os brisés et de charbon de bois. Une intervention d’urgence a été réalisée par le service du patrimoine municipal afin de sauvegarder les vestiges menaçant de partir à la mer éminemment. Le mobilier ainsi recueilli a été passé au tamis et conservé dans le dépôt archéologique municipal. Une petite partie de ce dépôt est toujours en place, pouvant potentiellement apporter quelques informations taphonomiques. Il est à noter qu’un horizon sableux recouvre ce dépôt coquillier, il s’agit ici de paléosols au sein de séquences, ils contiennent également des charbons et des coquilles (fig. 10).

Fig10
Fig. 10 – Dépôt coquillier, 11 février 2014

Une étude de la composition malacofaunique et autres restes fauniques du dépôt serait des plus intéressantes (exploitation de la malacofaune sur l’île, comportement opportuniste ayant exploité  toute la diversité de la malacofaune disponible dans l’environnement marin proche ou techniques de pêche plus complexes ?) et permettrait une  comparaison avec les dépôts et amas coquilliers de la région (Saint-Gildas par exemple) et en contexte insulaire (Hoedic, Molène, etc.). En plus, une datation au radiocarbone permettrait d’en apprendre d’avantage sur ces populations et l’époque où elles ont séjourné sur l’île (dépôt mésolithique ?).


Pour plus d’informations :

CHAUVITEAU A. 2014. Inventaire complémentaire des sites et du mobilier archéologiques, (Vendée, 85). Rapport de prospection-inventaire, Nantes, service patrimoine de la mairie de l’Île d’Yeu, Service régional de l’archéologie Pays de la Loire, 105 p.

DUPONT C. 2003. La malacofaune de sites mésolithiques et néolithiques de la façade atlantique : Contribution à l’économie et à l’identité culturelle des groupes concernés. Paris, Université de Paris I, Thèse de Doctorat, 542 p.

Le cimetière des Noyés à l’île d’Yeu (Vendée)

Par Annabelle Chauviteau

Le cimetière des Noyés se situe sur la côte nord-ouest de l’Ile d’Yeu (Vendée), entre la pointe des Cantins et la plage de la Planche à Puare avec une forte concentration d’inhumations autour de la pointe de la Gournaise (fig. 1). Le littoral est ici formé de dunes sur plage et de dunes perchées sur platier rocheux. Face aux vents de nord’-ouest, le trait côtier de cette zone est fortement perturbé (fig. 2) et en net recul depuis plusieurs années, ce qui a occasionné la découverte à ce jour de 14 sépultures différentes.

Fig. 1 – Emplacement du cimetière des noyés sur la côte nord-ouest de l’Île d’Yeu, carte IGN (géoportail)
Fig. 2 – Erosion maritime sur la dune de la plage de la Gournaise, disparition de la dune blanche et de la dune embryonnaire, 3 février 2014

Cette côte est en effet réputée dangereuse pour la navigation par la présence, plus au large, de récifs tels que les Chien Perrins et les Petits et Grands Champs, mais aussi de hauts fonds tels que ceux de Basse Flore. On y dénombre de multiples naufrages et par conséquent de nombreuses noyades liées à ces fortunes de mer. La transmission orale attribuait à cette côte la funeste réputation d’avoir servi de cimetière pour ces noyés et seulement une carte datée de 1796 témoignait de la présence de ce cimetière sur la pointe de la Gournaise  (fig. 3). En 1993, Jean Humeau indiquait dans son ouvrage Des vigies aux sémaphores que « de nombreux naufrages aux conséquences dramatiques ont fait que cette zone de l’île (côte nord-ouest) contiendrait un nombre impressionnant de dépouilles de naufragés, sans doute depuis les origines de la navigation et de ses premiers accidents. Des pêcheurs en plantant des piquets pour y faire sécher leurs filets seraient tombés plusieurs fois sur des crânes ou des squelettes ensevelis aux os couleur de sable. » (Humeau 1993).

Fig. 3 – Carte annexée à un rapport daté de mars 1796, envoyée par le Général républicain Tristan-Brision au citoyen Letourneur, Président du Directoire. Archives de Vincennes

C’est l’érosion maritime qui va attester de la présence de ce cimetière en décembre 1999. En effet, à l’issue des tempêtes Lothar et Martin qui ont fortement dégradé la dune, des squelettes humains furent retrouvés fortuitement par les services techniques municipaux et déclarés officiellement pour la première fois en Gendarmerie. Cependant, aucune opération archéologique ne fut réalisée et aucune archive concernant ces découvertes ne fut conservée.

En 2010, Denis Leroy, un promeneur, découvre  un autre squelette sur la pointe de la Gournaise. Les gendarmes ont alors recueilli les ossements et envoyé un prélèvement au laboratoire de Lyon 1 pour datation radiocarbone. Les résultats observés sont que l’individu dont la matière organique de l’os a été mesurée est mort entre 1450 et 1630 après J.-C.  (Lyon-8000 (OxA) : 365 ± 25 BP ; Chauviteau 2012).

En janvier 2011, d’autres ossements sont apparus un peu plus à l’est (plage du Petit Poiry) et découverts par Patrick Vienne. Ce dernier les a dégagés et ramenés chez lui avant de prévenir les instances compétentes. Ces vestiges formaient les restes partiels d’un individu mature (plus de 30 ans) de sexe masculin, d’une taille estimée à 1,66 m (± 4 cm). Une datation au radiocarbone a été obtenue (Lyon-8827 (SacA 27795) : 440 ± 30) soit un âge calibré compris entre 1416 et 1609 ap. J.-C. Cet individu a fait l’objet d’un compte-rendu d’expertise archéologique par Yann Le Jeune (DRAC-SRA) ainsi qu’une étude ostéologique et paléobiologique effectuée par Mona Le Luyer (Chauviteau 2012).

Le 30 octobre 2012, Mme Dolorès Chauviteau découvre de nouveaux ossements sur la pointe de la Gournaise, en coupe de dune. Il s’agissait de deux individus, l’un mature et probablement de sexe masculin et l’autre immature (Large 2013). La quasi-totalité du squelette fut prélevé en raison de l’éboulement de la dune due à l’érosion marine.

Une fouille programmée fut réalisée sur ce site du 21 au 28 juin 2013 sous la direction de Jean-Marc Large. Sur la tranche laissée par l’érosion marine et le passage des usagers de la côte a été définie une bande orientée est-ouest de 0,70 m de large maximum sur une longueur de 4 m qui a permis de réaliser une coupe dunaire et de mettre à plat le niveau de dépôt des corps. Il s’agissait de déterminer précisément la nature du creusement qui a précédé l’enfouissement des corps, d’évaluer la chronologie des deux dépôts (simultanés ? successifs ?) et de relever précisément sur le terrain les restes du ou des squelettes.

Les découvertes vont se succéder après chaque tempête et/ou chaque grande marée (fig. 4 et 5) jusqu’à aujourd’hui (la dernière découverte date de février 2016 ; fig. 6). Un protocole d’intervention d’urgence a été mis en place entre le service régional de l’archéologie de la région Pays de la Loire et le service du patrimoine de la Mairie de l’Ile d’Yeu. Il consiste à ce que le service du patrimoine, lors de la découverte fortuite d’ossements et après l’alerte des instances administratives (Gendarmerie, SRA, Maire), intervienne avant la prochaine marée haute afin d’extraire les ossements susceptibles de partir à la mer. Cette côte étant classée zone naturelle protégée, ces interventions doivent être réalisées sans porter atteinte de quelque manière que ce soit au couvert végétal. Mais de cette méthode résulte des nombreuses lacunes (aucune approche taphonomique, ensembles souvent incomplets, etc.).

Fig. 4 – Squelette 8/2014, dune de la pointe de Gournaise, 26 février 2014
Fig. 5 – Squelette 8/2014, partie supérieure du corps, 26 février 2014
Fig. 6 – Squelette 14/2016, 12 février 2016

L’érosion du trait côtier a donc fait apparaître sur cette zone de l’île un site d’un type inédit pour la région mais qui se dégrade et disparaît inexorablement à chaque tempête. Les squelettes, depuis leur sortie du sable sont conservés dans le dépôt archéologique municipal mais cet environnement menace leur conservation et par conséquent la possibilité d’en apprendre davantage sur ce site et sur les individus qui y furent inhumés. Une étude anthropologique de ces ensembles permettrait de documenter le site avant qu’il ne disparaissent pour des raisons climatiques et sanitaires.


Pour aller plus loin :

CHAUVITEAU A. 2012. Squelettes découverts sur la côte nord-ouest de l’île d’Yeu (Vendée, 85), rapport de prospection-inventaire. Service patrimoine de la mairie de l’île d’Yeu, Nantes, Service régional de l’archéologie  des Pays de la Loire, 18 p.

HUMEAU J. 1993. Des vigies aux sémaphores : les témoins de l’histoire islaise.  Ile d’Yeu, Atelier du Patrimoine Islais, 56 p.

LARGE J.-M., TORTUYAUX J.-P., CORSON S., CHAUVITEAU A. 2013. Rapport de prospection-inventaire sur le littoral de la Vendée. Nantes, Service régional de l’archéologie des Pays de la Loire, 44 p.

Un hiver dans l’archipel de Molène… Des tempêtes et des sites (Finistère)

Par Henri Gandois

Un inventaire archéologique de l’archipel de Molène a été entrepris depuis plusieurs années via des prospections, sondages et fouilles. Les informations récoltées alimentent la problématique du peuplement de ces îles. En effet, hormis l’habitat de l’âge du Bronze ancien de Beg ar Loued sur Molène,  les autres îles de l’archipel ne livrent presque exclusivement que des structures funéraires et quelques amas coquilliers. De nouvelles données sur les structures d’habitats permettront d’atténuer la disproportion entre les monuments funéraires et les habitats ou indices d’habitats, ces derniers se trouvant multipliés par la découverte récente de nombreux barrages de pêcherie désormais totalement immergés pour la plupart. Cette dernière avait même fait qualifier l’archipel de Molène d’ « îles pour les morts » (Scarre 2011) où les peuplades du continent seraient venues enterrer leurs morts, les îles du couchant représentant une frontière symbolique entre le monde des vivants et celui des morts. Les dernières recherches et études sur cet archipel tendent à démontrer que, au contraire, les îles de l’Iroise étaient bien habitées par des populations sédentaires lors de la protohistoire et que les monuments mégalithiques sépulcraux (certainement mieux préservés en contexte insulaire que sur le continent) sont le témoignage des pratiques funéraires d’une population autochtone et pas celui d’ « îles pour les morts ».

Durant l’hiver 2013/2014, de nombreuses tempêtes avec des conditions météorologiques et marines extraordinairement énergétiques ont eu lieu sur les côtes atlantiques n’épargnant pas  l’archipel de Molène. À titre d’exemple, grâce à un levé au DGPS centimétrique (GPS différentiel) des laisses de mer sur l’île de Kemenez, il a été constaté que c’est 27% de sa surface qui a été submergée lors de la marée du 1er février 2014 ; durant cette même marée, le trait de côte ouest du Ledenez Vraz de Kemenez a reculé de plus de 11m en une nuit (Fig. 1, haut).

Fig. 1. En haut : vue générale du vieux sol apparu en une marée en février 2014 ; en bas à gauche : vue d’une fosse sub-rectangulaire vidée par la mer ; en bas à droite : vue d’une structure en pierres sèches aperçue dans la dune et détruite à la marée suivante

Des sites archéologiques sont donc apparus sur le littoral des îles de Trielen, Béniguet et Kemenez en Iroise. Des observations et interventions ont été réalisées en janvier, février et mars 2014 par Henri Gandois, soit moins d’un mois après les évènements, et ont permis de documenter des sites, bien qu’un certain nombre avait déjà disparu (détruits ou ré-ensablés).

Les milieux insulaires sont des contextes particuliers (difficulté d’accès, temps d’intervention souvent très court, zones protégées, diversité typologique des sites…) ce qui a des incidences sur les méthodes et les stratégies de fouilles ainsi que d’études, répondant à des besoins et des conditions particulières. Au total, 20 sites et indices de sites ont été mis au jour dans ces îles et îlots : 7 sur Kemenez, 6 sur Ledenez Vraz de Kemenez, 1 sur le Ledenez Vihan de Kemenez, 4 sur Trielen et 3 sur Béniguet. La surreprésentation de Kemenez et de ses Ledenez est à mettre en lien avec la présence d’un archéologue sur l’île lors des tempêtes (H. Gandois).

Une structure d’habitat néolithique sur Kemenez
Fig. 2. Vue zénithale de l’alignement de trous de poteaux du site n°54, en bas : vue non retouchée ; en haut : modification sous Photoshop pour faire ressortir les structures

L’estran sud a livré plusieurs taches subcirculaires marron brun et le dégagement du goémon et des quelques galets encore présents sur le vieux sol a permis de mettre au jour un alignement de structures en creux circulaires, dont 4 principales d’environ 70cm de diamètre moyen, sur un axe est-ouest parallèle à une microfalaise (fig. 2). L’ensemble a été relevé, et la plus grande partie a été étudiée en détail (fig.3). En tout, 441 pièces lithiques taillées, 4 macro-outils, 113 tessons de céramique, 21 carporestes (restes de graines et de fruits, dont du blé et de l’orge), quelques dizaines de charbons, 17 restes ichtyologiques (poissons) et plusieurs dizaines d’éléments malacofauniques (coquilles) ont été découverts (fig.4).

Fig. 3. Relevé de l’alignement du site 54 et des trous de poteaux
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Fig. 4. Exemples de mobilier mis au jour dans les trous de poteaux du site 54 ; a : TP3, perçoir en silex ; b : TP1, enclume en grès-quartzite légèrement rubéfiée et présentant un double impact ; c : TP1, céramique, fragment de panse arrondie ; d : TP4, caryopse d’orge polystique nue (Hordeum vulgare var. nudum).

Ces structures correspondent très vraisemblablement à un alignement de trous de poteaux, formant les restes d’un habitat. Le mobilier lithique ne permet pas de datation précise, cependant, les tessons de céramiques mis au jour sont datables du Néolithique, sans doute récent ou final. Deux datations sur graines sont en cours et permettront de préciser la distribution chronologique du site.

Une fosse détritique avec des restes humains sur l’estran sud de Kemenez

Ce site est connu depuis 2011 grâce à la présence d’un seul trou de poteau avec son dispositif de calage visible en coupe de microfalaise sur l’estran sud. Après le recul du trait de côte le 1er février 2014, cette structure en creux a disparu pour laisser place à une zone de terre noire et très organique (fig. 5) contenant quelques éléments fauniques (malacofaune principalement des Patella sp., de l’ichtyofaune et de la faune terrestre), ainsi que quelques artefacts lithiques et céramiques ; au sud, du côté estran, 3 petites taches subcirculaires avec plusieurs pierres plates plantées verticalement sur les bords faisaient penser à des trous de piquet.

Fig. 5. A gauche : vue du site 22bis le lendemain du coup de mer du 1er février 2014, la zone marron organique se détache nettement sur l’encaissant limoneux brun ocre, les possibles trous de piquets ont été cerclés de rouge ; à droite : vue du même site en cours de fouille en mars 2014

L’étude approfondie de ce site a permis plusieurs découvertes : structures s’apparentant à des trous de piquets ; une surface d’environ 1,5m² de terre marron très organique contenant de nombreux artefacts (objets façonnés par l’homme) et écofacts (produits par la nature). La partie supérieure de cette zone a été perturbée, une haussière de cargo était prise dans la partie inférieure de la terre végétale, montrant ainsi que de nombreuses tempêtes avaient déjà attaqué cet endroit. L’ensemble des éléments découverts tendait à montrer que cette structure s’apparentait à une fosse dépotoir (fig. 6) avec 7 trous de piquet alentour. Celle-ci avait un remplissage divers : 92 éléments lithiques, 91 tessons, 4677 restes ichtyologiques (dont 846 déterminés), 325 restes osseux de faune terrestre (39 déterminés), plus de 2kg de fragments de coquilles, 441 carporestes (304 déterminés) ainsi que des restes osseux humains en connexion partielle ont été découverts (fig. 7). Les 7 trous de piquet ont été étudiés, prélevés et tamisés et ont permis de distinguer : 37 éléments lithiques taillés, un macro-outil, 22 tessons de céramiques, presque 300 éléments de faunes terrestres et marins, plus d’une centaine de restes malacologiques et une graine (céréale indéterminée).

Fig. OA2463_6 modif
Fig. 6. Relevé en plan et en coupe du site 22bis
fig. 7. Vue des ossements humains en connexion dans la coupe du site 22bis

Cet ensemble paraît être une fosse détritique composée d’un amas coquillier avec des restes fauniques, quelques éléments de céramique et lithique, ainsi que des charbons et des graines. Cependant, les 7 petites structures en creux sont plus difficilement interprétable (trous de piquets) notamment car seule une partie du site est connue (une partie a disparu et une autre n’est pas accessible). Nous sommes dans ce type de cas face à une « archéologie en miette », entre des éléments qui ont disparu et qu’il n’est donc pas possible de rattacher aux nouveaux éléments apparus et des potentiels éléments derrière la microfalaise qui pourraient compléter le plan général. Les prochaines tempêtes découvriront peut-être de nouvelles structures mais si c’est le cas, il ne fait aucun doute que toutes celles décrites ici auront disparu alors… L’ensemble n’est actuellement daté que par quelques éléments de chronologie relative : l’ensemble du mobilier lithique et céramique renvoie vers la fin du Néolithique ou le début de l’âge du bronze.

La découverte des restes carpologiques (NMI – nombre minimum d’individus – = 442) est relativement rare dans l’archipel et apporte donc un ensemble d’informations particulièrement riches pour la compréhension du paléoenvironnement de l’archipel. Les restes fauniques sont en attentes ou en cours d’études, et quelques éléments sont à souligner comme la présence de fragments osseux périnataux de caprinés et de bovidés, et des restes de faune sauvage (phoque, plongeon et peut-être pingouin).

La présence de restes humains partiellement en connexion est encore plus surprenante. Les restes humains anciens sont de manière générale très rares en Bretagne, du fait de l’acidité du sol désagrégeant très rapidement les restes osseux. Ce n’est qu’à la faveur de conditions très particulières que ceux-ci peuvent être conservés. Ici, la bonne conservation des restes humains et fauniques est due à la présence des os dans l’amas coquillier, le calcaire des coquillages augmentant considérablement le pH et réduisant ainsi l’acidité. Dans l’archipel de Molène, des restes osseux ont été mis au jour au cours de ces dernières années, mais la plupart datant de périodes sub-contemporaines ou modernes, les plus anciens en connexions datant du Haut Moyen Âge. Cependant, sur le site de Beg ar Loued (île Molène), des restes crâniens humains ainsi qu’une molaire avaient été mis au jour et dataient du début du IIème millénaire avant J.C.

Les autres sites

Sur l’île de Trielen, un paléosol avec un important mobilier lithique et céramique a été mis au jour en deux endroits de la côte nord. Au sud, dans ce même paléosol, un alignement de petites pierres d’environ 7m de long est apparu. Actuellement, l’interprétation de cet ensemble est difficile, mais il ne semble pas que ces pierres puissent avoir une fonction architectonique. Toujours sur cette même côte, une fosse a été dégagée en coupe de microfalaise, elle abrite les restes d’un bovidé vraisemblablement sub-contemporain.

L’Île Béniguet a livré deux nouveaux amas coquilliers, dont un (de par sa situation stratigraphique en coupe de microfalaise) pourrait remonter au Mésolithique (fig.8 en haut à droite) ce qui en ferait le plus ancien de l’Archipel. Le second est nettement plus important, deux prélèvements ont été effectués, le mobilier (dont une perle en test coquillier) se rattache à la transition Néolithique / âge du Bronze, vraisemblablement le Campaniforme.

Sur l’île de Kemenez et ses Ledenez, plusieurs autres sites ou indices de sites existent : un amas de débitage de silex ; une fosse rectangulaire profondément creusée dans le substrat limoneux brun ocre et abritant les restes d’un équidé en connexion et ceux d’un jeune suiné (fig.8 en bas) ; une fosse sub-rectangulaire totalement vidée par la mer avant intervention ; une structure indéterminée en pierres sèches apparue dans la dune et détruite à la marée suivante ; deux nouveaux affleurements à cupules ; des paléosols livrant du mobilier protohistorique (lithique taillé, céramique non tournée, macro-outillage…) ; plusieurs alignements de pierres plantées de chants, certains mégalithiques (fig. 8 en haut à gauche).

Fig. OA2463_8 modif
Fig. 8. Quelques exemples d’autres sites apparus suite aux tempêtes de l’hiver 2014 ; en haut à gauche : alignement de pierres mégalithiques sur la côte est du Ledenez Vraz de Kemenez (Néolithique probable) ; en haut à droite : petit amas coquillier possiblement mésolithique en coupe de falaise nord de Béniguet ; en bas : fosse avec restes en connexion d’un équidé en cours de fouille et état fin de fouille (époque contemporaine)

Les amas coquilliers mis au jour dans l’archipel ont tous fait l’objet de prélèvements systématiques avec un tamisage à 2mm. Ces opérations fastidieuses mais très précieuses permettent d’étudier l’ensemble des éléments archéologiques (écofacts et artefacts) dont certains ne sont pas toujours visibles à l’œil nu, et qui donc se retrouvent facilement dans les déblais de fouilles. Grâce à ce type d’opération, de nombreuses informations sont sauvées tels que les restes de microfaune, de carporestes, ou bien encore les charbons qui permettent ainsi d’avoir des informations sur le paléoenvironnement.

Conclusion…

Le bilan de cette campagne de fouilles d’urgence en 2014 sur ces 5 îles et îlots en mer d’Iroise laisse un sentiment partagé. D’un point de vue scientifique, le maximum a été fait, compte tenu des moyens disponibles, pour tenter de sauvegarder les données, en revanche la plupart des sites en eux-mêmes sont extrêmement menacés et appelés à disparaître à très court terme si ce n’est pas déjà fait.

Il ne faut pas se leurrer, la majorité des résultats rassemblés ici sont uniquement dus à la chance d’avoir été présent sur place lors des tempêtes de début 2014, sans cela beaucoup de sites n’auraient pas été identifiés, comme cela a dû être le cas sur de nombreux points de la côte. Le facteur chance ne suffit malheureusement pas, ainsi des structures ont été mises au jour et ravagées pendant la même marée, ne laissant aucune chance pour les sauvegarder ou même les documenter. Avec l’expérience acquise sur le terrain, il faut insister sur la nécessité d’intervenir dans les délais les plus brefs et si possible immédiatement car la vitesse de disparition et/ou d’ensablement des sites est véritablement impressionnante. Mais il va sans dire que cette rapidité d’intervention ne peut que se heurter aux diverses formalités administratives requises.

Mais dans tous les cas il faut garder à l’esprit que s’agissant de sites d’estran, ils sont sous la menace permanente des tempêtes, ainsi le tertre funéraire du Néolithique moyen fouillé en 2010 (Gandois et al., 2013b) a au deux tiers disparu lors de l’hiver 2014 (Fig. 9). Ils risquent donc tous de disparaître à plus ou moins long terme lors des tempêtes hivernales, car à la fin c’est toujours la mer qui gagne…

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Fig. 9. Illustration des dégâts des tempêtes de l’hiver 2014 sur le tertre funéraire au nord du Ledenez Vihan de Kemenez ; en haut : MNT état fin de fouille, la partie violette représente ce qui a été emporté ; en bas : vue vers le sud, on peut retrouver les pierres indiquées en vert et en rouge sur le plan du haut

Ces sites sont suivis et étudiés notamment par Henri Gandois (UMR 8215, Trajectoires Université Paris 1 et membre associé UMR 6566, CReAAH – Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire), David et Soizic Cuisnier (exploitants de la ferme insulaire de Kemenez, prospecteurs bénévoles), Laura Berrio (UMR 8215, Trajectoires), Philippe Chambon (UMR 7041, ArScAn – Archéologies environnementales), Yvon Dréano (Ichtyologue, CRAVO – Centre de Recherche Archéologique de la Vallée de l’Oise), Ewen Ihuel (Service Archéologique Départemental de la Dordogne, UMR 7055, Préhistoire et Technologies), Laure Salanova (UMR 7055, Préhistoire et Technologie), Pierre Stéphan (UMR 6554, LETG – Littoral, Environnement, Télédétection, Géomatique), Quentin Favrel (UMR 8215, Trajectoires), Hélène Mahéo (Conservatrice de la Réserve Naturelle d’Iroise) et David Bourles (Garde de la Réserve Naturelle d’Iroise).


Pour aller plus loin :

DREANO Y., GIOVANNACCI S., DUPONT C., GRUET Y., HOGUIN R., IHUEL E., LEROY A., MARCHAND G., PAILLER Y., SPARFEL Y., TRESSET A. 2007. « Le patrimoine archéologique de l’île Béniguet (Le Conquet, Finistère). Bilan des recherches 2000-2007 ». Bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France, nouvelle série, t. 29 n°3, « Quinze ans d’étude et de recherches sur la réserve de Béniguet », p. 161-172.

GANDOIS H., CHAMBON P. 2013. « Nouveaux restes osseux humains trouvés à Béniguet. Première datation ». In : Yésou P. et Jaouen Y. (dir.), Réserve de Béniguet, rapport scientifique et technique, saison 2012. Ministère chargé de l’environnement, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, p. 26-32.

GANDOIS H. (dir.), STEPHAN P. et la collaboration de CUISNIER D., GLADU Y., LALLEMENT F., PRIOL H. 2013a. Rapport sur les prospections sous-marines et sur la zone d’estran en mer d’Iroise. Opération n°OA-1746, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 49 p.

GANDOIS H., PAILLER Y., STEPHAN P., NICOLAS C. 2013b. « L’érosion marine et ses effets sur les vestiges archéologiques en mer d’Iroise : exemple de l’impact de la tempête de mars 2008 sur l’île Kemenez et ses Ledenez (Le Conquet, Finistère, France) ». In : Daire M.-Y., Dupont C., Baudry A., Billard C., Large J.-M., Lespez L., Normand E. et Scarre C. (dir.), Ancient maritime communities and the relationship between people and environment along the European Atlantic coasts / Anciens peuplements littoraux et relations homme/milieu sur les côtes de l’Europe atlantique. Proceedings of the HOMER 2011 Conference, Actes du colloque HOMER 2011 (Vannes, 28 septembre-1er octobre 2011). Oxford, Archaeopress, British Archaeological Reports International Series 2570, p. 99-109.

GANDOIS H. avec la contribution de QUESNEL L. 2014. Rapport d’opération (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez et Trielen (Le Conquet, Finistère). Opération n°OA-2435, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 21 p.

GANDOIS H. (dir.), avec les contributions de BERRIO L., BLAISE E., DREANO Y., FONTANA L., IHUEL E., SALANOVA L., STEPHAN P. et la collaboration de BEDAULT L., CHAMBON P., CUISNIER D., HACHEM L., LEDUC C., PILIOUGINE C., RAFFIN A. 2015. Rapport d’opérations (fouilles archéologiques d’urgence en contexte d’estran) sur les îles de Kemenez, Béniguet et Trielen (Le Conquet, Finistère). Opération n°OA-2463, DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), 147 p.

PAILLER Y., GANDOIS H. (dir.), ASSOUS-PLUNIAN M., NICOLAS C., DONNART K., DUPONT C., DREANO Y., TRESSET A., DEBUE K. 2008. Programme Archéologique Molénais, Rapport n° 10 : prospections dans l’archipel de Molène (Finistère). Service régional de l’archéologie Bretagne, 42 p.

PAILLER Y., GANDOIS H., TRESSET A. (dir.) avec les contributions de BAILON S., BOURGARIT D., BOURY L., CALLOU C., CARIOLET J.-M., CARRION Y., CHAMBON P., DARBOUX J.-R., DAVID L., DEBUE K., DONNART K., DREANO Y., FICHAUT B., GOSLIN J., GUERET C., GONIDEC J.-P., LE CLEZIO L., LE GALL B., MARCOUX N., MARGUERIE D., MAYER A., NICOLAS C., PINEAU A., SALANOVA L., SELLAMI F., STAUB A., STEPHAN P., SUANEZ S. TROALEN L. 2009. Programme Archéologique Molénais, rapport n° 14, Beg ar Loued : un habitat en pierres sèches campaniforme / Age du bronze ancien, fouille programmée triennale (île Molène ; Finistère), 3ème année – 2009. Opération n° 2007 – 212, Service régional de l’archéologie Bretagne, 2 vol.

PAILLER Y., GANDOIS H., TRESSET A. (dir.), avec AUDOUARD L., DONNART K., FICHAUT B., GOSLIN J., JAUD M., JOSSELIN J., LE CARLIER C., NICOLAS C., SALANOVA L., STEPHAN P., SUANEZ S. 2011. Programme archéologique molénais, rapport n° 15, Beg ar Loued : un habitat en pierres sèches Campaniforme / Age du bronze ancien, fouille programmée du site de Beg ar Loued (île Molène ; Finistère). Opération n° 2006 – 13, 2 vol., Service régional de l’archéologie Bretagne, 91p. et 110p.

SCARRE C. 2011. Landscapes of Neolithic Brittany. Oxford, University Press, 326 p.

SPARFEL Y., PAILLER Y. (dir.), avec les contributions de CHAIGNEAU C., CHAURIS L., FICHAUT B., GOULETQUER P., STEPHAN P., SUANEZ S., TANGUY B. 2009. Les mégalithes de l’arrondissement de Brest, inventaire et essai de synthèse, Saint-Malo, co-édition Ce.R.A.A. (Centre Régional d’Archéologie d’Alet) et Institut culturel de Bretagne, 290 p.

Au bout du Sillon, des squelettes du Moyen Âge

« Des hommes sont enterrés sur la pointe nord de la Bretagne. Dans des coquillages ramassés dix siècles plus tôt. Qui étaient-ils ? »

Un article de N. Guillas paru dans le Sciences Ouest n°340 de mars 2016, à lire ici

Le site de Lomer à Pénestin (Morbihan)

Par Elías López-Romero

Le site de Lomer présente les restes d’un monument mégalithique datant du Néolithique ainsi que ceux d’un atelier bouilleur de sel gaulois (second âge du Fer), situés sur les vestiges du tumulus de ce premier. Les restes conservés du dolmen, situés actuellement sur la falaise, sont extrêmement maigres, seules quelques pierres restent en place. Le site a fait l’objet d’un suivi photographique entre septembre 2013 et septembre 2014. Pendant cette période l’érosion des vestiges et de la falaise a subi d’importantes modifications.

Restes visibles du dolmen le 27/01/2008

Le peu qui reste du site est dans une situation extrêmement vulnérable. Les vestiges conservés s’érodent a un rythme très rapide, tombant en bas de falaise et étant par la suite transportés par l’action des marées. Le substrat rocheux est très friable, et s’érode à un rythme également soutenu. La comparaison des images du site entre 2008 et 2014 donne une idée des effets de l’érosion sur une période de 5 ans. Il serait encore possible de faire une opération de sauvetage pour mieux comprendre cette structure (dont la typologie n’est pas définie).

Restes visibles du dolmen le 09/09/2014 (photo projet eSCOPES, E. López-Romero).

Une analyse numérique de l’érosion du site sur le long terme a été commencé dans le cadre du projet eSCOPES (projet Marie Curie-IEF 328753, resp. E. López-Romero, Durham University). Nous nous servons des principes de la photogrammétrie numérique d’un objet proche (Close-Range Photogrammetry), qui permet d’obtenir un levé tridimensionnel et métrique en détail des éléments à enregistrer. Dans un second temps, une analyse comparée des différents modèles obtenus pour chaque site nous permet d’évaluer les altérations qu’il a subies au cours du temps.

Chemin littoral sur le site de Le Lomer (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero le 09/09/2014).

Parmi les logiciels qui permettent l’application de cette méthode nous avons utilisé Agisoft PhotoScan© qui consiste à appliquer la technique structure from motion (SfM), largement utilisée en archéologie et dans les études du patrimoine depuis quelques années maintenant. Dans la pratique, elle facilite énormément l’obtention de modèles 3D, puisqu’elle permet la restitution tridimensionnelle à partir d’images acquises depuis différents points de vue même en absence de paramètres de calibration de la caméra. En résulte une représentation avec des valeurs métriques tridimensionnelles qui peut être figurée de façon bidimensionnelle (ortho image) ou tridimensionnelle (modèle numérique tridimensionnel).


Pour plus d’informations :

LOPEZ-ROMERO E., MANANA-BORRAZAS P., DAIRE M.-Y., GUIMIL-FARINA A., 2014. « The eSCOPES Project: preservation by record and monitoring at-risk coastal archaeological sites on the European Atlantic façade ». Antiquity, 339.

L’allée couverte de l’île Coalen à Lanmodez (Côtes-d’Armor)

Par Elías López-Romero

L’allée couverte sur l’estran de l’île Coalen avait fait l’objet d’une reconnaissance par P.-R. Giot en 1971, qui parle brièvement du monument mégalithique dans les « Informations Archéologique » de Gallia Préhistoire (Giot 1971, p. 341). À cette époque, la seule mention de l’architecture du site est que le mégalithe avait perdu « ses tables », et dans le même temps, des tessons de poterie et des silex avaient été ramassés sur le vieux sol.

Jusqu’à aujourd’hui, le site n’a fait l’objet d’aucune étude approfondi des restes, la description la plus détaillée correspondant à l’inventaire des mégalithes de l’arrondissement de Lannion réalisé en 1991 par A. Marchat et M. Le Brozec. Ils donnent alors les mesures de l’ensemble (7,20 et 1,40 m) et le nombre de piliers conservés (3 à l’ouest et 6 à l’est ; Marchat et Le Brozec, 1991, p. 22). L’allée couverte de l’île de Coalen est constitué d’orthostates massifs, bien que plusieurs aient disparu tout comme la totalité des dalles de couverture du monument. Certains d’entre eux ont subi l’action des carriers, des traces d’extraction sont encore visibles.

Au premier plan (au centre et à droite) dalles exploitées pour l’extraction de pierre (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 07/09/2014).

Le site est situé sur l’estran et subit l’action des marées. À marée haute, il est submergé d’environ 1m de hauteur. Les dynamiques liées a ces régimes des marées entraînent des cycles de dépôt / érosion de sédiments. La plupart des épisodes de dépôt / érosion concerne des arènes et marnes fines, typiques de cet environnement d’estran. Mais on a également observé (lors des différentes visites que l’on a pu faire en 2013 et 2014) le dépôt / érosion de petits galets tout autour du monument. Ces dynamiques hydrologiques provoquent l’exposition du vieux sol associé au monument, pendant certaines périodes. Sont alors visibles petites quantités de céramique, silex et charbon ; ces restes archéologiques sont particulièrement nombreux dans la partie est et sud-est du monument, la plus affectée par les mouvements et les dynamiques des marées.

La vulnérabilité du site est à mettre en relation avec deux variables principales. Tout d’abord, l’érosion naturelle : sur l’île de Coalen, cette érosion concerne le rythme soutenu des dynamiques hydrologiques liées aux marées, mais aussi le rythme plus rapide en lien avec les épisodes climatiques extrêmes (ex.: pluies intenses). Ces derniers n’ont, par contre, un effet profond sur le site que lorsque celui-ci est exposé à marée basse. Ensuite, l’action anthropique autour des vestiges : la zone est fréquentée a marée basse par les habitants avoisinant l’île, ainsi que par les ramasseurs de coquillages a certaines périodes de l’année (grandes marées). L’action anthropique sur le site est principalement liée au piétinement autour des vestiges archéologiques. Elle est tout de même limitée, à la fois par l’inaccessibilité de l’île à marée haute que par sa faible fréquentation.

Fréquentation du site par les riverains (Photo projet eSCOPES, E. López-Romero, 20/09/2013).

Une analyse numérique de l’érosion du site sur le long terme a été commencé dans le cadre du projet eSCOPES (projet Marie Curie-IEF 328753, resp. E. López-Romero, Durham University). Nous nous servons des principes de la photogrammétrie numérique d’un objet proche (Close-Range Photogrammetry), qui permet d’obtenir un levé tridimensionnel et métrique en détail des éléments à enregistrer. Dans un second temps, une analyse comparée des différents modèles obtenus pour chaque site nous permet d’évaluer les altérations qu’il a subies au cours du temps.

Parmi les logiciels qui permettent l’application de cette méthode nous avons utilisé Agisoft PhotoScan© qui consiste à appliquer la technique structure from motion (SfM), largement utilisée en archéologie et dans les études du patrimoine depuis quelques années maintenant. Dans la pratique, elle facilite énormément l’obtention de modèles 3D, puisqu’elle permet la restitution tridimensionnelle à partir d’images acquises depuis différents points de vue même en absence de paramètres de calibration de la caméra. En résulte une représentation avec des valeurs métriques tridimensionnelles qui peut être figurée de façon bidimensionnelle (ortho image) ou tridimensionnelle (modèle numérique tridimensionnel).


Pour plus d’informations :

LOPEZ-ROMERO E., MANANA-BORRAZAS P., DAIRE M.-Y., GUIMIL-FARINA A., 2014. « The eSCOPES Project: preservation by record and monitoring at-risk coastal archaeological sites on the European Atlantic façade ». Antiquity, 339.

Marchat A. et Le Brozec M. 1991. Les mégalithes de l’arrondissement de Lannion. Rennes, Institut culturel de Bretagne, Association des travaux du Laboratoire d’Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire, Quaternaire. Université de Rennes 1, 102 p.

Giot P.-R. 1971. « Lanmodez à Informations Archéologiques Circonscription de Bretagne », Gallia Préhistoire, 14-2, p. 341.

Suivi archéologique du site de Sterflant à Hoedic (Morbihan)

Par Marie-Yvane Daire

Le site archéologique de Sterflant, sur le littoral sud de l’île d’Hoedic (Morbihan), fait l’objet d’un suivi depuis 2010, dans le cadre du projet ALeRT (Archéologie, Littoral et Réchauffement Terrestre), compte tenu de sa position très exposée et de sa dégradation régulière. Les principales opérations réalisées ont été une série de sondages et relevés sur les structures dégagées dans l’estran. La vulnérabilité de ce site face aux dégradations naturelles a conduit les chercheurs à engager une nouvelle opération de relevés, destinée à sauvegarder un certain nombre d’informations avant la disparition totale des vestiges visibles, en mai 2014 puis en novembre de cette même année.

Au cours de l’hiver 2010, un brutal épisode de dégradation du site a attiré l’attention de plusieurs personnes. En effet, lors de la tempête Xynthia des 27-28 février 2010, les dunes exposées au sud ont souffert et ont reculé de plusieurs mètres, délivrant des sols anciens, une zone à forte densité de coquillages avec quelques tessons de céramiques ; l’ensemble du dépôt archéologique apparut alors comme fortement menacé, par l’assaut de la mer lors des marées à fort coefficient mais aussi par le piétinement des promeneurs. Une opération de sondage s’ensuivit au mois de juillet 2010.

Le site de Serflant

Puis, à l’occasion d’une visite du site au printemps 2014, il fut possible d’évaluer les dégâts occasionnés par la nouvelle série de tempêtes de l’hiver 2013-2014 qui ont particulièrement affecté les sites exposés au sud-est. Le site de Sterflant nous est alors apparu sous un nouveau jour : alors que la zone des sondages de 2010 s’était plutôt rechargée en pierres et débris de toutes sortes, la face est de la pointe orientée vers la plage de Beudjeul et constituée d’importantes falaises dunaires avait subi un recul assez considérable laissant apparaître le gisement archéologique en plusieurs points, sur un linéaire côtier d’une centaine de mètres, de même que l’extrémité est de la plage de Port La Croix.

Une opération archéologique fut alors rapidement décidée pour le mois de novembre 2014. Ce nouvel épisode illustre une nouvelle fois la complexité des interventions archéologiques d’extrême urgence en contexte littoral. Outre une série de sondages en pied de falaise, un relevé au scanner 3D a été réalisé sur le site. En renouvelant régulièrement cette opération, il sera possible d’établir un suivi du recul de la dune à très haute résolution.

Relevé au scanner 3D du site de Sterflant par Yann Bernard (CNPAO) et Laurent Quesnel (UMR 6566 CReAAH).

Malgré leur caractère limité dans l’espace, dû notamment au statut du site, les recherches de terrain menées sur le site de Sterflant sont d’ores et déjà prometteuses. Elles démontrent en effet l’existence d’un site occupé pendant les dernières décennies de l’Indépendance gauloise, groupant activités artisanales et domestiques. Cette association entre un habitat et un atelier artisanal de production de sel d’origine marine répond à un schéma désormais reconnu comme « classique » des occupations littorales sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique, entre autres sur le site de Port-Blanc, à Hoedic.


Pour en savoir plus :

DAIRE M.-Y., OLMOS P., LANGOUËT L., avec la collaboration de MONRÓS M., MOUGNE C., BERNARD Y., QUESNEL L., LARGE J.-M. et DUPONT C. 2015. « Sterflant, un site archéologique sous haute surveillance à Hoedic. Melvan », La Revue des Deux Îles, n°12, p. 187-198.


Note :

Le suivi archéologique régulier du site est dû à Pierre Buttin (Melvan) et Jean-Marc Large. Les opérations de relevé au scanner 3D ont été réalisées par Yann Bernard et Laurent Quesnel (CNPAO). Les opérations archéologiques, autorisées par le Ministère de la Culture (SRA Bretagne) et par le Conservatoire du Littoral, ont été coordonnées par Marie-Yvane Daire et Pau Olmos (CNRS, UMR 6566 CReAAH), avec la participation de Loïc Langouët, Txell Monros, Caroline Mougne et Emmanuelle Rogart.

Alerte à l’île du Bec, Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère)

Par Marie-Yvane Daire

Le site archéologique de l’île du Bec sur la commune de Lampaul-Ploudalmézeau (Finistère), bien connu des archéologues de la région, fait l’objet d’un suivi irrégulier depuis de nombreuses années, et plus récemment dans le cadre du projet ALeRT, compte tenu de sa position très exposée et de sa dégradation régulière. Le site archéologique est caractérisé par des restes d’éléments de briquetages caractéristiques d’un atelier de bouilleurs de sel de la fin de l’âge du Fer.

Effondrement du bord de la dune en novembre 2015

La vulnérabilité de ce site face aux dégradations naturelles a conduit les chercheurs à engager une opération de « sondages » et relevés, destinée à sauvegarder un certain nombre d’informations avant la disparition totale des vestiges visibles, pendant l’année 2015. Les principales opérations réalisées ont été une série de relevés (manuel, au GPS différentiel et scanner 3D) ainsi qu’une prospection magnétique, notamment sur les structures dégagées en coupe de falaise dans l’estran et les structures associées localisées dans le bande intertidale (pêcheries).

Opération de relevé au scanner 3D par Yann Bernard (CNPAO) et Laurent Quesnel (UMR 6566, CReAAH)

Un suivi régulier est réalisé par Jean-Yves André et Hubert Arzel, l’opération est dirigée par Marie-Yvane Daire.


Pour aller plus loin :

Un article paru dans Le Télégramme le 10 avril 2016 « L’île du Bec. Un site hors du commun », réalisé par E. Gicquel.

L’Île de Sein (Finistère), le patrimoine dévoilé au gré des tempêtes…

Par Louis Dutouquet

Depuis octobre 2015, des observations bimensuelles par le bureau d’études HELP de la frange littorale de l’île de Sein ont permis de constater que :

– il y a d’importants mouvements de galets en haut d’estran sur certains secteurs de l’île,

– en phase de retrait des galets, des paléosols sont périodiquement découverts et révèlent souvent des vestiges archéologiques ou historiques : gisements lithique et céramique, amas coquilliers, alignement de pierres plantées, fours à goémon…

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Amas coquillier
Amas coquillier

Soumis à des conditions maritimes extrêmes, l’île de Sein est principalement protégée des assauts de la mer par les cordons de galets qui la ceinturent. Cependant, leur mouvement perpétuel endommage inévitablement les vestiges archéologiques qu’ils recouvrent. Pour préserver l’information archéologique avant qu’elle ne soit définitivement détruite, il est proposé de :

– procéder à l’enregistrement des structures et gisements révélés par l’érosion marine et d’évaluer leur degré de vulnérabilité (suivi ALeRT),

Localisation des sites archéologiques (LittoMatique)

– collecter, inventorier et identifier le matériel (lithique, osseux et céramique) récolté à la surface des paléosols,

– collaborer avec les géomorphologues pour mesurer l’ampleur des mouvements de galets et estimer leur impact sur les vestiges archéologiques sous-jacents.

Gisement lithique et céramique affleurant dans un paléosol
Amas coquillier
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Vestiges de monuments mégalithiques
Localisation des fours à goémons (LittoMatique), en lien avec le projet « Fours de goémoniers de Bretagne. Inventaire et valorisation d’un patrimoine côtier« 

Un sondage archéologique a été réalisé en 2017 sur un des amas coquillier, sous la direction de Louis Dutouquet. Retrouvez ici un résumé ainsi que le rapport de l’opération !